Chapitre 7 – Joueurs de quilles recherchés

Après les fermetures de terrains, la perte de l’émission télévisée et l’annulation des tournois à partir de 1975, le Mini-Putt tombe dans l’oubli. Carl a accroché son putter et est allé travailler pour ICB, une firme majeure spécialisée en douanes. Il s’y démarque tellement rapidement qu’il est pressenti pour devenir le gérant de leur nouvelle filiale au tout aussi récent aéroport de Mirabel.

Carl commence donc son nouvel emploi le 4 octobre 1975, la même journée que l’aéroport ouvre ses pistes aux gros porteurs.

Peu à peu, l’énorme distance de soixante kilomètres entre son appartement de Lachine et l’aéroport situé au nord de Montréal devient insupportable – Carl passe trois heures par jour dans son automobile pour se rendre et revenir du travail. À contrecœur, il donne sa démission au mois de février 1977.

Son emploi suivant lui permet de compléter sa formation hybride qu’il convoite depuis sa jeunesse en abordant le côté du transport. Il se fait ainsi engager comme tarificateur junior par la compagnie Maislin, qui est installée tout juste à côté de chez lui à Lachine.

Dans ce milieu, la langue anglaise est omniprésente. Son patron ne parle même pas français.

Le local des tarificateurs est une grande pièce où chaque employé a un bureau qui fait face à celui du patron. Celui-ci assigne des demandes de clients au prochain courtier disponible, et c’est à Carl et à ses collègues de trouver la bonne règle de transport et de lui retourner pour qu’il puisse émettre des soumissions.

Un bon matin, Carl reçoit une demande pour transporter une voiture de luxe dans un conteneur. Il sait que le poids réel du véhicule n’est pas considéré dans son calcul. En effet, dans le domaine du transport, on fonctionne par « poids volumétrique ». Ainsi, peu importe la cargaison réelle, on arrondit le poids facturé à celui d’un conteneur typique rempli de marchandises. Comme un conteneur vide ou plein occupera le même espace sur un bateau, c’est la manière que l’industrie a trouvé pour standardiser les prix.

Carl se doute qu’il aura à chercher longtemps, car le poids volumétrique d’une voiture dans un conteneur n’est pas une donnée qu’il utilise souvent. Il se rend au fond de la salle dans l’étagère qui sert de bibliothèque, prend le dictionnaire des codes de transport, puis l’ouvre au hasard pour commencer ses recherches.

Bien que son anglais soit encore plus que rudimentaire, une des lignes de la première page qu’il lit attire rapidement son attention : « Car in Container : 20 000 lbs ». Il sait que voiture se dit « car » en anglais. Quant à « container », c’est le langage que tous les tarificateurs, mêmes les francophones, utilisent entre eux pour référer à un conteneur maritime. Une minute à peine après s’être fait assigner ce mandat, il retourne la réponse à son patron en tapant sur son clavier : 20 000 livres (9 070 kg).

Sachant uniquement le numéro d’employé du tarificateur qui vient de lui envoyer une soumission à priori erronée car revenue bien trop rapidement, son patron la renvoie à l’expéditeur, nommément son employé numéro 7, Carl Carmoni.

Celui-ci se donne le bénéfice du doute. Son anglais n’est pas très bon, et il a pu se tromper. Il retourne fouiller dans le livre de référence. « Car in Container : 20 000 lbs ». Il renvoie la soumission à son patron.

Encore une fois, son patron refuse.

Carl ne prend même pas la peine de se lever de sa chaise. Il retourne la même valeur : 20 000 lbs.

Furieux, son superviseur se lève de son bureau à l’avant de la salle. Il lève la voix : « All right, who’s number seven ? » (Bon, ça suffit, qui est le numéro sept ?)

Carl lève la main.

Son patron le tance : « Carmoni, you don’t even speak English ! How could you give me the answer so fast? » (Carmoni, tu ne parles même pas l’anglais ! Comment as-tu été capable de me répondre si vite ?)

Imperturbable, Carl l’amène au fond de la salle et ouvre devant lui le guide des codes de transport : « Car in Container : 20 000 lbs ».

Carl coche aussitôt une case de sa liste mentale de choses à faire chez Maislin Transport. Se démarquer : FAIT.

En février 1980, il épouse Suzanne, qui accouche quelques mois plus tard de leur premier enfant, Pascal-Carl Carmoni.

Pendant la même période, le jeune André est devenu adolescent. Après avoir passé trois hivers à fabriquer des trous de mini-golf de plus en plus sophistiqués dans le sous-sol de sa maison familiale, son père termine finalement les travaux. Le Mini-Putt occupera toujours une place dans son cœur, mais d’autres passions ont pris le relais. Ainsi, il se met à écrire de la musique et à composer des chansons avec son nouvel ami Jacques, dont une qui démontre les conséquences épiques d’un baiser volé.

Jean Benoît n’a pas oublié comment la flamme du Mini-Putt a brillé fortement mais tout aussi brièvement entre 1970 et 1973 et il veut la raviver à tout prix.

À la fin des années 1970, la télévision par câble gagne de plus en plus d’adeptes partout en province. Vidéotron est le principal câblodistributeur et se cherche des partenaires pour fonder de nouvelles chaînes de télévision. Pour occuper le canal 25, alors vacant, Vidéotron accepte le projet d’une station dédiée à 100% au sport amateur, que l’on nomme Télévision des Sports du Québec, ou TVSQ.

Le nouveau diffuseur entre en ondes en 1980. Ce nouveau joueur n’a pas de studios d’enregistrement et, par nécessité, fonctionne avec une équipe très réduite. Les trois animateurs principaux sont Hugues de Roussan, Francis Millien et Claudine Douville. Celle-ci passe d’innombrables fins de semaine au centre Pierre-Charbonneau de Montréal à y enregistrer des émissions sur toutes sortes de disciplines sportives, dont le ping-pong et la crosse.

Les matchs sont enregistrés en direct sur bande, donc l’action est décrite en temps réel pendant que s’élancent les athlètes. Tout ce que TVSQ doit faire par la suite est de charger la cassette dans un magnétoscope à l’heure précise de diffusion pour envoyer le signal à tous ses téléspectateurs.

Jean Benoît approche les producteurs de TVSQ avec un nouveau concept d’émission de Mini-Putt. La nouvelle formule sera de type couple-mixte. Deux équipes constituées chacun d’un homme et d’une femme s’affronteront sur les dix-huit trous de son terrain Jean-Talon. Le meilleur coup de chacun des membres sera reporté sur la carte de pointage. L’équipe qui remporte le match sera de retour la semaine suivante.

TVSQ achète l’émission pour la saison 1985. Entre-temps, un journaliste sportif du Journal de Montréal nommé Serge Vleminckx a commencé à travailler en parallèle de son emploi principal pour le jeune réseau. Un soir par semaine, il décrit ainsi l’action à l’Heure des Quilles, une émission enregistrée au salon Champion Lanes sur la Rive-Sud de Montréal, le plus grand au pays avec ses soixante-dix-sept allées.

Comme on le sait maintenant, Jean Benoît connaît très bien le domaine des quilles. Il apprécie la technique de travail de Serge, qui insuffle une passion peu commune mais surtout un enthousiasme très contagieux dans sa description. C’est ainsi qu’il lui propose de prendre la barre de sa nouvelle émission L’Heure du Mini-Putt. Serge hésite un instant, puis se dit : « Pourquoi pas ! » Il ne sait pas combien de temps durera l’aventure, mais décide de s’y donner corps et âme. Comme il provient du milieu du sport universitaire, il décide d’emblée de placer le respect envers les joueurs et la passion dans son travail de commentateur en tête de liste.

Jean Benoît a son diffuseur, sa formule couple-mixte et son animateur. Il lui manque le plus important : des joueurs à présenter au petit écran. Aucun tournoi n’a été organisé depuis 1975; seules les familles qui jouent pour le plaisir fréquentent encore les rares pistes encore en activité.

Lors de l’enregistrement de la toute première émission de l’Heure du Mini-Putt, l’équipe de TVSQ installe les caméras au premier trou du terrain Jean-Talon. Serge est installé dans un échafaudage à l’extérieur du terrain pour avoir une vue dégagée de la partie. Jean et surtout les joueurs manquent cependant encore à l’appel. Le réalisateur se ronge les sangs.

À l’intérieur du salon de quilles, Jean Benoît est à la chasse. En ce jeudi matin, il recherche des couples pour participer à son émission. Rapidement, il repère un quilleur et une quilleuse qui s’élancent sur l’allée numéro quinze, puis les interrompt dans leur partie pour leur faire son discours de vente. S’ils acceptent de mettre fin à leur jeu et d’aller le rejoindre immédiatement à l’extérieur pour enregistrer une émission de Mini-Putt, il leur garantit vingt-cinq dollars chacun. S’ils gagnent le match, ils en auront cinquante.

Ceux-ci sont perplexes : ils n’ont jamais joué au Mini-Putt et ne savent même pas ce que c’est. Jean Benoît les rassure : peu importe ce qui arrive, ils repartiront plus riches de vingt-cinq dollars, mais il faut faire vite : les caméras les attendent.

Quand Jean Benoît lui explique les règles du jeu, le mari se laisse convaincre. Comme il a déjà joué au golf, il rassure sa femme que ce ne sera pas aussi difficile qu’elle le pense. Il pourra même lui donner quelques trucs.[i]

Jean trouve un deuxième couple volontaire, puis tout le monde prend le chemin du terrain de Mini-Putt. Il fait les présentations avec le réalisateur, puis monte l’échelle qui le mène dans l’échafaudage pour y rejoindre Serge. Leur studio improvisé est constitué d’une tablette d’acier servant habituellement de plateforme de travail en guise de table. Une bâche de plastique bleue est tendue entre les montants arrières pour cacher l’arrière-plan constitué du stationnement du salon de quilles et des pylônes de deux lignes électriques à haute-tension qui balafrent le quartier résidentiel avoisinant. Coiffés d’imposants écouteurs pourvus d’un microphone, Serge et Jean sont prêts à commencer l’enregistrement.

Bien évidemment, le niveau de jeu des premières émissions n’est pas tellement relevé. Malgré les nombreuses erreurs commises par les participants, la formule deux balles-meilleure balle, variante du « Vegas », proposée par Jean Benoît récompense les trous d’un coup, qu’ils soient chanceux ou délibérés.

Trou #7 du Mini : La Rivière

Rapidement, des équipes se démarquent du lot, dont d’anciens joueurs élites des années 1970 que la nouvelle émission télévisée attire au Jean-Talon comme un aimant puissant.

Carl et Suzanne voudraient bien s’inscrire à cette nouvelle formule télé, eux qui participaient en couple à leurs tournois avant même que ce soit à la mode. Cependant, Suzanne est enceinte de leur deuxième enfant cet été-là, donc pas question de passer des journées complètes au gros soleil à pratiquer pour des enregistrements. Les Carmoni décident donc de rester bien tranquilles chez eux; ils ne participent même pas aux nombreux tournois qui recommencent un peu partout en province.

À partir du neuvième match de la saison, un couple se démarque : Suzanne et André Buist. Alors qu’André avait connu assez de succès en compétition de 1970 à 1974 pour hériter du surnom « Albatros », Suzanne en est à ses tout débuts, mais elle apprend très vite.

Avec les Buist, Serge Vleminckx apprend à ses dépens qu’il vaut mieux qu’il regarde attentivement son moniteur vidéo avant de prononcer des paroles qui pourraient être mal interprétées. Alors que Suzanne se positionne pour jouer le cinquième trou, Serge veut indiquer qu’elle le maîtrise à la perfection. Il ne remarque pas la posture de Suzanne, très penchée sur sa balle, ainsi que l’angle de la caméra qui la filme de dos, offrant accidentellement une vue plongeante de son postérieur. Sûr de lui, il prononce de désormais célèbres paroles qui le hanteront longtemps : « Et voici maintenant le trou de madame Buist ! »

Ce couple domine les deux derniers matchs de la saison régulière, puis affronte l’équipe de Claude Ricard et Céline Désautels dans la finale au dernier épisode. Grâce à leur victoire dans le dernier match régulier, ils obtiennent d’office une participation à la future série de 1986 comme champions en titre.

Entre-temps, le terme « Birdie » que Serge Vleminckx a choisi pour décrire un trou d’un coup lui cause quelques soucis auprès des téléspectateurs. Certains comprennent ainsi « Birthday », terme anglais pour anniversaire, et ont de la difficulté à saisir pourquoi un joueur talentueux peut ainsi avoir plusieurs « fêtes » consécutives sur les trous du parcours.

Parallèlement, l’Office québécois de la langue française lui envoie un avis officiel l’invitant à utiliser le terme français pour un coup sous la normale : « Oiselet ». Serge ne voit pas comment il peut transmettre de l’intensité comme il le désire à partir d’un mot de trois syllabes aussi rébarbatives à prononcer sous le coup de l’émotion; il continuera d’utiliser « Birdie », n’en déplaise aux détracteurs !

Cet été-là, Guy et Bruno, deux animateurs de radio dans la vingtaine, écoutent religieusement l’émission à TVSQ. Aussitôt qu’il constate que l’émission joue, Guy appelle Bruno pour que lui aussi syntonise le canal 25 afin qu’ils l’écoutent en simultané chacun chez soi.

Lors de leurs vacances, ils décident donc d’un commun accord d’aller en voyage à Cape May au New-Jersey, ville côtière reconnue pour ses nombreux terrains de golf miniature. Les deux amis espèrent qu’ils auront l’occasion de démontrer le fruit de leur écoute assidue de l’Heure du Mini-Putt en effectuant des coups aussi spectaculaires que les Buist, Ricard et compagnie.

À leur première partie, leurs copines n’ont pas le plaisir escompté et s’avèrent réticentes à essayer l’un des nombreux autres terrains qui bordent la côte. Bruno est déjà séduit : oublions les normales « 2 » des Mini-Putt québécois – ici, un parcours offre dix-huit trous de normale « 4 », qui s’étendent à perte de vue sous leurs yeux !

Prétextant qu’ils vont faire l’épicerie, Guy et Bruno quittent leur motel. Leur objectif est bien entendu d’aller jouer une ou plusieurs parties de golf miniature en cachette, puis d’aller faire leurs achats en quatrième vitesse sans que leurs conjointes ne se doutent de rien !

Ce faisant, ils jouent quelques parties à la santé de leur nouveau collègue de travail et ami, un certain André Ducharme, qui est lui aussi un grand fan de golf miniature depuis sa tendre enfance passée à jouer sur le terrain du chemin Chambly et à construire un terrain dans son sous-sol.


À l’aube du 26 juin 1991, Carl arrive au terrain Jean-Talon avec Suzanne pour participer à son septième match consécutif. Les enjeux sont très élevés au chapitre du livre des records de l’émission : s’il est victorieux au pointage ou aux bourses, il pulvérisera le record de Réjean Grenier de sept apparitions télévisées inscrit en 1990. Il a la ferme intention que cet exploit lui appartienne.

Jocelyn Noël revient cette semaine pour un deuxième match en saison, lui qui avait participé à la toute première émission du Défi Mini-Putt de l’année. Il est accompagné d’Alain Trépanier, une recrue.

Jean-Claude Girouard a su se montrer opportuniste à son premier match télé en empochant 1 650 $ de bourses, mais est incapable de répéter l’exploit cette semaine. Les trous d’un coup lui semblent bien plus difficiles à obtenir; il contourne ainsi plusieurs fois la coupe avec une balle qui semble parfaite, mais qui dévie au dernier moment.

Jocelyn Noël lui livre une bataille féroce en termes d’opportunités ratées, car son coup au neuvième trou frappe le fond de la coupe et ressort, ce qui le prive d’un birdie plus que nécessaire.

Ensuite, Claudine Douville lui demande le truc pour réussir ce même trou en entrevue; il annonce une trajectoire frontale avec une descente directe au trou à partir de la première bosse, mais passe tout juste à côté, dévie sur la deuxième bosse et revient à la coupe. La preuve est faite que ces démonstrations ne sont pas « arrangées avec le gars des vues » : si le joueur rate son coup ou anticipe une réaction différente de ce qui se passe réellement avec sa balle, la prise n’est pas recommencée.

Jocelyn manque autant de chance que Jean-Claude Girouard. Il contourne ainsi l’objectif pas moins de trois fois avec des balles quasi-parfaites, mais réussit tout de même cinq birdies dans son match.

Au seizième jeu, Carl a 450 $ en poche. C’est pour l’instant insuffisant pour se classer au niveau des bourses, car Jocelyn a déjà 650 $. L’occasion de mettre la main sur 300 $ et de prendre la tête des boursiers a raison de la maîtrise habituelle de Carmoni. Il frappe beaucoup trop fort; sa balle cogne durement contre les deux obstacles, heurte la bande de fond et revient presque contre la deuxième bande de déviation. Son très long deuxième coup rate la coupe, et Carl en est quitte pour un rare bogey.

Sachant qu’il n’a plus de chance au niveau du pointage, il remarque que les trois concurrents avant lui ont réussi la normale au dix-septième trou. S’il parvient à inscrire le birdie, il mettra la main sur 450 $, lui donnant finalement la chance de revenir pour un huitième match.

Carl s’est trouvé un truc pour aiguiser sa concentration : il retient son souffle pendant quinze secondes avant de jouer un coup important. Il sent alors son cœur ralentir, et tel un tireur d’élite, est prêt à appuyer métaphoriquement sur la gâchette et à atteindre sa cible.

Depuis qu’il a pris possession du tapis de départ, Carl a bloqué sa respiration. Il consulte une dernière fois son carnet de notes du parcours jaune du terrain Jean-Talon. Les enjeux sont énormes, donc il veut être absolument sûr que sa balle est placée au bon endroit, que l’angle de sa lame de putter est bon et que sa vitesse est parfaite.

Il remarque que le tapis est légèrement sale devant l’entrée de l’équerre – il le frotte donc avec son bâton pour s’assurer que sa balle ne déviera pas sur un débris.

Il fait un élan de pratique à gauche de sa balle. L’élan est bon.

Précis comme une horloge, il sent son cœur ralentir à l’issue de ses quinze secondes d’apnée. Le moment est venu.

Il recule son fidèle putter Par-Right, son compagnon de tous les instants sur les verts depuis 1970, puis l’avance juste de ce qu’il faut pour obtenir une vitesse moindre que normale.

Sa balle frappe durement dans l’équerre à deux reprises. Ce faisant, elle dévie comme prévu de précisément quatre-vingt-dix degrés vers la droite.

Carl n’ose pas encore inspirer : est-ce que sa balle maintiendra sa ligne droite entre la sortie de l’équerre et la coupe ?

Il sait qu’au Jean-Talon, sa méthode par deux bonds est meilleure que de tenter de suivre parfaitement l’équerre. Cet obstacle y est en effet plus court qu’aux autres parcours en province, ce qui accentue la déviation possible lorsque la balle en ressort.

Sa balle touche au rebord de la coupe et suit une véritable trajectoire en tire-bouchon en y pénétrant finalement.

Carl prend une rapide inspiration, puis crie un « Yeeeeaaahhhh » bien senti en levant les bras au ciel. Il ramasse sa balle, la lance vers le haut du revers de la main droite, puis la rattrape quand elle retombe. Finalement, il se rend le long de la clôture pour taper dans les mains des spectateurs. Plus riche de 900 $, il vient de battre le record de Réjean Grenier !

Ne reste que le dernier trou à enregistrer. Étant assuré d’une septième victoire, Carl ne se soucie plus du résultat à la carte de pointage. Sa première tentative est trop forte, à l’image de son coup raté au seizième jeu. Sa balle frappe la bande de fond à gauche du trou et redescend du plateau, lui donnant un coup de pénalité.

Le sourire aux lèvres, Carl joue son troisième coup en réduisant quelque peu sa vitesse. La chance qui l’a accompagné au dix-septième jeu ne l’a pas quitté : sa balle contourne légèrement la coupe de gauche à droite, frappe la bande de fond et revient directement dans l’objectif par la droite, un rebond habituellement impossible au Jean-Talon car la ligne du retour arrière est bien plus favorable du côté gauche.

Hilare de son coup inespéré qui ne peut de toute façon rien changer à sa victoire aux bourses, Carl se dirige vers la clôture pour assister à la fin du match de ses adversaires. Sa septième partie est terminée, et il a réussi son objectif : il sera de retour dans quelques minutes à peine pour un huitième épisode consécutif, dans lequel Jocelyn Noël l’accompagnera en tant que champion au pointage.


[i] Cette scène est fictive, mais s’inspire des descriptions que m’ont fait Jocelyn Noël et Carl Carmoni sur la manière dont Jean Benoît a recruté les premiers joueurs de la série L’Heure du Mini-Putt.



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