La finale 1993 est finalement arrivée. Les trois équipes en lice pour le titre ultime sont Carl Carmoni et Sylvain Boucher, Ron Poliseno et Sylvain Cazes ainsi que Patrick Leclerc et Valérie Noël. Le match se joue sur la Rive-Sud de Montréal au Mini-Putt des Halles de Longueuil.
Dès le départ, Sylvain Boucher inscrit le birdie au Totem. Les deux autres équipes ne peuvent faire de même – comme les bourses sont doublées, le duo Carmoni / Boucher met d’emblée la main sur 100 $.
Au trou suivant, La Croix, Boucher inscrit la normale, et Carl ne peut faire mieux – son partenaire ramasse sa balle avant même qu’elle ne s’arrête sur le tapis.
Sylvain Cazes prend position sur le tertre de départ. Son coup monte le petit plateau à la droite de la coupe et redescend dans la section arrière. Sur son deuxième coup, sa balle passe bien à côté et redescend vers l’avant du jeu. Près de la bande de droite, son troisième coup est encore plus difficile. Sa balle passe encore une fois bien à côté de l’objectif – Sylvain inscrit finalement un double bogey.
Ron Poliseno sait qu’il doit absolument améliorer le score de son équipe. Sa balle monte le plateau en ligne droite vers le trou, mais elle en frappe cependant le rebord et se fait éjecter vers l’infâme section arrière.
En tant que joueur expérimenté, Ron en a vu d’autres. Il prend quelques secondes pour essuyer le tapis du plateau afin que les débris microscopiques, tel que du sable ou des brins de gazon, ne fassent pas dévier sa balle. Il recule son fer droit. Sa balle passe cependant bien à l’écart et redescend à son tour. De la section avant du jeu, il ne peut faire mieux que Sylvain.
L’équipe Poliseno / Cazes inscrit un double-bogey à sa fiche. Ce faisant, ils viennent déjà pratiquement de se sortir de la course dès le deuxième trou de la finale.
Fort de son expérience, Ron sait qu’il est facile de se laisser décourager par cette contreperformance inattendue. Cependant, il est très tôt dans le match pour lâcher prise – une erreur survenue au deuxième trou a encore amplement le temps d’être effacée, mais il faut faire vite.
Une fois que l’équipe Noël / Leclerc a inscrit sa normale et que les techniciens éteignent les caméras, Ron amène son collègue Sylvain dans un coin tranquille au bord de la clôture. À l’abri des oreilles indiscrètes, le vétéran de quarante-six ans lui expose sa stratégie : « Je vais jouer premier pour quelques trous – inquiètes-toi pas pour le 4, je vais essayer de te faire quelques birdies. »
Carmoni et Boucher ne peuvent réussir le troisième trou; Patrick Leclerc inscrit le birdie. Voulant communiquer sa motivation à son partenaire avec des gestes concrets en plus de ses paroles, Ron le réussit lui aussi.
Sylvain Cazes rétablit leur carte de pointage à la normale du parcours dès le cinquième jeu; c’est un tout nouveau départ pour leur équipe.
Ron revient en force – on ne l’appelle pas le Grand Requin Blanc pour rien ! Il inscrit ainsi trois birdies en succession rapide au sixième, au septième et au huitième trou – dans le cas du Putter, il est le seul à le réussir, ce qui leur accorde une bourse de 500 $.
Patrick connaît lui aussi une excellente séquence en ayant inscrit les quatre trous d’un coup de son équipe. Lui et Valérie sont donc en tête après le huitième trou.

Carmoni et Boucher ont de la difficulté à s’imposer – leur dernier birdie remonte au cinquième jeu. Au neuvième, l’adolescent passe bien à l’écart du côté droit et inscrit la normale. Carl tente une ligne du côté gauche; sa balle revient vers l’avant à partir de la bosse arrière, fait de même à partir de la bosse avant, tout en se déplaçant lentement vers la coupe – de plus en plus frénétique, Carmoni hurle : « là, LÀ, LÀÀÀÀÀÀÀÀ ! »
« Biiiiirdie ! »
À la mi-match, les équipes Carmoni / Boucher et Noël / Leclerc sont à égalité avec quatre coups sous la normale. Malgré leur double bogey au deuxième trou, Ron Poliseno et Sylvain Cazes sont seulement un coup derrière – la force de caractère du vétéran leur a bien servi, car ils sont parvenus à se rapprocher de la tête avec sa séquence de birdies sur les trous parmi les plus difficiles du parcours.
Au départ du dixième jeu, c’est donc un tout nouveau match. Les pointages sont tellement similaires que personne ne peut encore confirmer l’inscription de son équipe sur le trophée. Fort de son trou d’un coup au Chameau, Carl supplie encore une fois sa balle de dévier vers la coupe. Le miracle espéré ne vient pas. Encore pire pour lui et Sylvain, Ron et Patrick inscrivent chacun un trou d’un coup.
Au treizième trou, Sylvain Cazes permet à son équipe de prendre la tête pour la toute première fois du match – la stratégie de Ron pour les motiver après l’erreur du deuxième trou a porté ses fruits !
Alors que Ron et les deux Sylvain ne parviennent pas à réussir le quatorzième jeu, Carl tente le tout pour le tout. Comme Boucher et lui sont deux coups derrière l’équipe Poliseno / Cazes, il ne peut se permettre de manquer le birdie.
Le règlement exige qu’il touche au premier obstacle – la ligne idéale consiste à en frapper l’extrême bout gauche, un coup très difficile. S’il le rate, la normale de son comparse Boucher sera inscrite à leur carte de pointage, et leur victoire en grande finale deviendra de plus en plus impossible car la partie achève.
Carl frappe : c’est le birdie !
Tels des rayons laser, les yeux du bouillant vétéran dardent la coupe qui vient de gober sa balle. Carl hurle un « BIRD ! » bien senti de satisfaction, ne laissant même pas Serge pousser son cri habituel. Derrière son micro, Jocelyn renchérit dans son analyse : « Le feu dans les yeux, Serge, on sait qu’on peut revenir ! »
Avec un seul coup de retard sur les deux autres formations, Carl sait qu’il a des chances de rétablir l’égalité avant la fin du match.
Sylvain Cazes tente de lui fermer la porte immédiatement en étant le seul des trois formations à réussir le quinzième trou – Carmoni et Boucher sont déjà revenus à deux coups de retard après avoir tout donné au quatorzième.
Rien à faire pour améliorer leur situation à la Culotte; aucune équipe ne parvient à s’y démarquer.
Carl maîtrise le dix-septième trou, l’Équerre, qui est beaucoup plus difficile au Mini-Putt des Halles de Longueuil que partout ailleurs en province, mis à part peut-être au vénérable Jean-Talon. L’obstacle est non seulement extrêmement court, ce qui empêche la balle de le suivre parfaitement, mais sa sortie pointe du côté droit de la coupe plutôt qu’au centre.
Lors de son deuxième match en équipe avec André Dugas enregistré plus tôt ce jour-là aux Halles de Longueuil, Carl est passé bien près de réussir le birdie. Ne voulant pas suivre parfaitement l’équerre pour éviter d’en sortir du côté droit, il a alors frappé une balle qui y a cogné durement à une seule reprise comme s’il utilisait une bande de déviation. Malheureusement, son coup a contourné la coupe de droite à gauche à la dernière seconde.
De retour dans la finale, Carl place sa balle pour effectuer le même essai. S’il le réussit, il pourrait revenir à un seul coup de retard juste à temps pour le dix-huitième trou.
Sa balle frappe un seul coup dans l’équerre comme prévu, puis passe du côté gauche de la coupe. C’est très inhabituel mais aussi très prometteur qu’elle sorte de ce côté après l’impact.
Elle cogne ensuite la bande de fond, puis semble revenir vers l’objectif. À la dernière minute, elle bifurque à droite et passe tout juste à l’écart.
C’est raté.
Leur chance de remporter la finale repose maintenant entre les mains de Sylvain Boucher. S’il rate le birdie, c’en est fait d’eux, car ils ne pourront revenir à égalité au dix-huitième trou même en réussissant le coup parfait.
À l’image de sa performance au sixième jeu du terrain de St-Eustache, Sylvain fait un élan avec une grande continuité de mouvement. Encore une fois, il déjoue les pronostics – sa balle emprunte parfaitement l’équerre et conserve sa trajectoire vers la coupe au lieu de dévier vers la droite comme c’est habituellement le cas.
« Birdie ! »
Patrick Leclerc conserve l’égalité en tête avec Poliseno et Cazes. Carmoni / Boucher ont pour leur part un seul coup de retard. Le championnat 1993 se décidera donc au tout dernier trou.
Trois scénarios sont possibles. Dans le cas de la formation Carmoni / Boucher, un seul leur permettrait de s’assurer la victoire : ils doivent non seulement réussir le birdie mais aussi compter sur une normale de l’équipe Noël / Leclerc et d’un bogey de l’équipe Poliseno / Cazes.
La pression est énorme, car toutes les équipes ont encore une chance plausible de l’emporter.
Carl a raté sa chance dans les finales de 1991 et de 1992. Associé au meilleur partenaire en formule par équipes qu’il a connu mis à part sa femme Suzanne, il a la ferme intention que sa troisième participation soit la bonne.
Pour aiguiser sa concentration, il applique son vieux truc. Après avoir inspiré, il bloque son diaphragme. Le coup est sans lendemain : inscrire une normale ou un bogey sont du pareil au même pour lui et Sylvain – le titre leur échappera ! Il faut absolument le birdie.
Carl ressent en lui des relents de la Course de Versailles, car encore une fois, tout repose sur un coup parfait au dix-huitième jeu.
Partant du coin gauche, il vise très légèrement à droite, puis applique une vitesse normale triplement accélérée.
Ça passe ou ça casse. À cette vitesse, si sa balle ne trouve pas une coupe sur son chemin, elle redescend à coup sûr du plateau.
Le miracle espéré a lieu : frôlant tout juste le côté gauche de la coupe, sa balle heurte la bande de fond et revient en ligne droite pour le birdie. Devant autant d’opiniâtreté de Carmoni, Serge a un qualificatif tout trouvé : « Le guerrier qui n’abandonne pas ! »
Carl sait qu’il vient de tout donner dans cet ultime coup de la saison 1993. Il compte maintenant sur un effondrement de l’équipe Poliseno / Cazes et sur une normale de Noël / Leclerc pour remporter la victoire. Les bras croisés, son comparse Sylvain derrière lui, il fixe intensément l’action qui se déroule maintenant au dix-huitième trou.
Le joueur suivant est Patrick Leclerc. Il inscrit la normale. Malchanceuse, sa comparse Valérie n’a pu inscrire un seul birdie jusqu’ici dans cette finale. Elle tente sa chance avec un coup très rapide, mais ne parvient pas davantage à inscrire son premier trou d’un coup.
Carl est maintenant fébrile. Tout dépend de la performance de Ron Poliseno et de Sylvain Cazes. Si ceux-ci prêchent par excès de confiance, il est tout à fait possible qu’ils jouent des coups trop audacieux et les ratent, inscrivant le bogey équipe qui assurerait la victoire à Carmoni et Boucher.
Cazes s’installe au tapis de départ. Jouant lui aussi du coin gauche, il frappe une balle très rapide.
Tout comme lors du coup de Carl, si sa balle rate la coupe à partir du retour arrière, elle redescend à coup sûr, ressort par le départ, et garantit ainsi un coup de pénalité.
La balle de Sylvain frappe la bande de fond, puis se dirige tout droit vers la coupe.
Birdie !
Fou de joie, Ron Poliseno saute dans les bras de son partenaire, qui vient de leur garantir la victoire. Contre toute attente après leur double bogey au deuxième trou, les voici qui remportent la saison 1993 !
Carl Carmoni et Sylvain Boucher finissent deuxièmes. Si près, mais pourtant si loin.
Avec l’arrivée du Maxi ainsi que le retour de la formule en simple en 1994, Carl espère obtenir une nouvelle chance d’inscrire finalement son nom sur le trophée. Il est plus que temps.
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