Chapitre 13 – Qui est vraiment le patron sur le terrain ?

À la fin de l’été 1991, Carl a participé au tournoi Provincial, le dernier de la saison, et a obtenu une position télé pour l’année qui vient. N’étant pas en reste, Suzanne a aussi décidé de tenter sa chance et s’est également mérité une place au Défi Mini-Putt. Est-ce qu’on pourrait voir le premier affrontement en simple avec les deux Carmoni comme adversaires ?

Comme Carl et Suzanne ne se sont pas classés lors du même tournoi, il jouera au quatrième match de la saison alors qu’elle jouera au septième.

Aussitôt, Carl se donne pour objectif de remporter assez de victoires pour parvenir à jouer contre son épouse. Il croit qu’un match Carmoni contre Carmoni constituerait tout un spectacle.

Un changement majeur a lieu en coulisses pendant la saison morte : Jean Benoît vend sa firme Mini-Putt International à Raymond et Robert Longtin, respectivement le mari et le fils de la propriétaire du terrain de Fabreville. Ceux-ci ont de grands plans pour mousser la franchise et prennent la relève du président-fondateur.

Pour une première fois dans toute l’histoire du Mini-Putt télévisé, l’année 1992 voit le Défi Mini-Putt sortir du terrain Jean-Talon qui l’a vu naître et visiter d’autres parcours de la région. Les Carmoni maîtrisent ce terrain à la perfection depuis 1972. Ils doivent maintenant développer la même maîtrise du terrain Versailles, adjacent au centre commercial du même nom dans l’Est de Montréal, car c’est là que se jouera le match de Suzanne.

Pour sa part, Carl enregistre sa première partie au Jean-Talon, car le changement de terrain s’effectue seulement après la première journée de tournage. Fidèle à son habitude, il arrive tôt pour pratiquer une dernière fois le parcours, même si son tour est prévu en toute fin de journée. Appuyé contre la clôture, il assiste au retour de Paul Boucher, champion de la saison 1991, ainsi que du finaliste Jocelyn Noël.

Malgré sa défaite au tout dernier trou de la grande finale, Jocelyn est néanmoins très heureux de sa performance en bagarre. Comme Rocky Balboa, il visait d’entrée de jeu de se rendre à la fin du match, et ce peu importe le résultat, car les deux premières positions remportaient automatiquement des places au Défi Mini-Putt pour l’année suivante. Jocelyn se voit donc offrir une chance sur un plateau d’argent de connaître une bonne séquence de victoires pour participer à la finale 1992 en espérant avoir cette fois son nom sur le trophée.

Conformément à son pari, Jocelyn remporte une première victoire, puis une deuxième. Lors du troisième match, Claudine Douville observe Carl qui se trouve à l’extérieur du terrain et qui attend son tour. Comme elle est au courant que Suzanne participera également au Défi Mini-Putt, elle demande au réalisateur d’effectuer une entrevue avec Carl pour discuter de cette situation bien particulière.

Un peu frondeur, Carl lui déclare l’objectif qu’il s’est fixé pour avoir l’occasion d’affronter Suzanne afin de « montrer une fois pour toutes c’est qui le patron sur le terrain ! »

Carl entame donc son match contre les champions en titre Jocelyn Noël et Lucie Bussières. Hélène Brousseau, vétérane des formules couple-mixte, complète le tableau.

Le Défi Mini-Putt exige un code vestimentaire strict des concurrents. Ceux-ci doivent absolument porter des souliers et des pantalons blancs. Carl a prévu le coup et est allé au magasin de vêtements bon marché Croteau au centre commercial en face du Mini-Putt pour s’en acheter une paire flambant neuve.

Lorsque le quatrième trou est terminé, Carl remarque que plusieurs fans se massent contre la clôture avec des affiches fabriquées à la main telles que : « J’aime Carmoni » et « J’aime le Défi Mini-Putt à RDS ». Il prend un temps pour aller saluer ses admirateurs pendant que les techniciens déplacent les caméras vers le Billard.

Lorsqu’ils sont prêts à filmer, Carl est encore en grande conversation avec le groupe. Il fait signe au régisseur Guy Bélanger d’attendre un peu avant de lancer l’enregistrement pour lui laisser le temps de finir la discussion. Quelques minutes passent pendant que l’équipe technique se tourne les pouces, puis celui qui est devenu l’idole des spectateurs est finalement prêt à jouer.

À l’opposé de sa saison 1991 et malgré les encouragements enthousiastes de la foule, Carl connaît un début de match très difficile, avec six normales consécutives et un double-bogey à La Rivière. Il connaît aussi des difficultés au Chameau. Alors qu’il vient d’y rater son deuxième coup, il se retire pour reprendre sa concentration, puis retourne sur le jeu pour compléter son bogey. Après le premier neuf, Carl a trois coups au-dessus de la normale, alors que sa plus proche poursuivante Lucie Bussières a déjà quatre coups d’avance sur lui.

La saison 1992 voit une légère baisse de l’esprit sportif jusqu’alors impeccable de Carl, qui se laisse un peu entraîner par l’ambiance générale sur les terrains. Jean Benoît était très strict au niveau de la discipline des joueurs, alors que les nouveaux propriétaires permettent un certain laisser-aller.

Ainsi, lorsque sa balle ne fait pas du tout ce qu’il espère, Carl proteste vivement à voix haute. Il ne va tout de même pas jusqu’à sacrer en ondes, mais son verbomoteur intensif pousse Guy Bélanger à lui lancer à la blague qu’il leur fera faire du temps supplémentaire en salle de montage pour retirer ces commentaires interminables afin que l’émission entre encore dans sa case horaire !

Ainsi, ses neufs premiers jeux voient Carl protester à de nombreuses reprises que le terrain le prive de birdies, dont son célèbre « Ça fait dix ans que la balle part vers la droite, mais là elle va soudainement à gauche ! »

Carl réussit finalement le quatorzième jeu, pour une bourse de 150 $, suivi du quinzième. Lors du seizième jeu, il voit dès le départ que sa balle a frappé correctement le deuxième obstacle. Avant même d’inscrire le birdie, il se place à l’extérieur du trou, une jambe de chaque côté de la ligne médiane qui mène à la coupe, et pompe son avant-bras presque de manière à encourager sa balle à suivre la bonne trajectoire. Il est loin de se douter qu’on lui demandera de répéter cette même prise devenue légendaire au geste près presque vingt-cinq ans plus tard dans une publicité !

Malgré sa spectaculaire remontée, il termine la partie avec une carte de 36 et 150 $ dans les poches, ce qui est insuffisant pour revenir la semaine suivante. Il doit se résigner : son épouse jouera contre d’autres adversaires que lui sur le terrain Versailles.

Carl et Suzanne arborant leurs polos du Club Sélect Birdie mérités en réussissant dix birdies au dix-huitième trou d’un même terrain

Lors du tournage suivant, l’équipe technique et les participants prennent le chemin de l’Est de Montréal. Le terrain Versailles se trouve tout juste à côté de l’édicule sud de la station de métro Radisson et en diagonale du centre commercial d’où il tire son nom, la Place Versailles.

Situé sous une ligne à haute-tension d’Hydro-Québec, on y entend un profond bourdonnement en bruit de fond. Cette ambiance ne déconcentre pas les Carmoni, bien au contraire : le terrain de Fabreville qu’ils représentent est lui aussi situé entre des pylônes – pas moins de quatre lignes différentes le traversent, et la sonorité caractéristique y est encore plus forte.

C’est dans cette atmosphère littéralement et figurativement électrisante que Suzanne fait son entrée au petit écran au septième match. Alors que Serge et Claudine espèrent des réactions aussi explosives que celles de son mari, elle est dans les faits bien plus discrète. Il ne faut surtout pas croire que sa timidité n’est pas synonyme de performances relevées : Suzanne connaît un excellent match de 30 et obtient 600 $ de bourses, à égalité avec Gilles Bussières.

Jocelyn Noël est toujours présent après sept matchs, et ayant obtenu une carte de pointage de 29, il est assuré d’un retour la semaine suivante. Il vient par le fait même d’égaler le record de présences de Carl inscrit l’année précédente.

Pour départager le gagnant (ou la gagnante) au niveau des bourses entre Suzanne et Gilles, on leur demande de faire une bagarre au mesurage au dix-huitième trou. Alors que Gilles y a inscrit un bogey pendant son match, Suzanne a réussi un birdie. Elle joue donc première en prolongation et effectue exactement le même coup avec le même résultat. Gilles n’est pas habitué de faire face à un tel niveau d’excellence à la télévision, mis à part peut-être contre Suzanne et André Buist quelques années plus tôt. Il tente à son tour le trou d’un coup, mais le rate.

Suzanne remporte son match contre le grand Gilles Bussières à son tout premier essai au petit écran !

Trou #13 du Mini : Les Laurentides

Le dernier match de la journée est en quelque sorte une répétition générale de la grande finale sous le principe de la bagarre. Étant donné que le format qui a couronné Paul Boucher en 1991 a connu beaucoup de succès auprès des spectateurs, Mini-Putt International a prévu deux bagarres spéciales en cours de saison pour populariser davantage la formule. Dans ces matchs, le résultat n’importe pas pour le classement final – il s’agit simplement de parties hors-concours.

Les champions du septième match en Jocelyn Noël et Suzanne Carmoni obtiennent d’emblée leur place à la première bagarre spéciale. Huit autres participants ont été recrutés dans les divers tournois officiels, dont des noms très connus comme Réjean Grenier, Ron Poliseno, Lucie Bussières et même Carl Carmoni, qui a obtenu sa position télé dans un tournoi qui a eu lieu après son premier match. Il aura finalement sa chance tant désirée de jouer contre son épouse, même si ce n’est pas tout à fait le format qu’il anticipait quand il a donné son entrevue à Claudine en début de saison.

Suzanne reste bien en selle pendant les trois premiers jeux, puis connaît une légère contre-performance au quatrième, joué au trou #8, Le Putter, quand l’arbitre Robert Longtin détermine que sa balle est à 48 centimètres de la coupe. Réjean Grenier passe très près de dépasser la distance inscrite par Suzanne et d’être éliminé, mais son élan légèrement trop rapide lui permet de se rapprocher in extremis du trou avec une distance de 46 centimètres. Suzanne quitte donc le match avec une bourse de 125 $, qui ne compte pas pour sa fiche individuelle de la saison.

Pour sa part, Carl effectue un rare bogey au septième jeu sur les neuf de la bagarre quand il manque son deuxième coup sur le plateau arrière du quatorzième trou, Le Zigzag. Il repart donc rejoindre Suzanne le long de la clôture plus riche de 200 $.

Au tout dernier trou, Réjean Grenier et Ron Poliseno sont encore en vie. Ron a été très chanceux dans son match : il a toujours réussi à se faufiler à travers ses poursuivants sans se mettre lui-même en danger, que ce soit en réussissant des birdies ou soit en plaçant sa balle à une distance acceptable au mesurage. Le match se décidera donc sur le dix-huitième trou, Le Plateau.

En coulisses, les deux finalistes conviennent de tenter chacun le birdie afin d’offrir le meilleur spectacle possible à leurs fans.

Fort d’un trou d’un coup à l’avant-dernier trou, c’est Réjean qui joue premier. Il rate son birdie promis à Ron du côté gauche. Ce faisant, il place néanmoins sa balle à proximité de la coupe et peut inscrire une normale facile.

Les difficultés de Réjean s’expliquent par le fait que la ligne qui mène à l’objectif est extrêmement mince au terrain Versailles. Un coup qui est légèrement trop à gauche ou à droite de la trajectoire idéale met aussitôt le joueur en danger; dans un cas, il devra tenter une longue normale, alors que dans l’autre, sa balle redescendra carrément du plateau !

Les participants ne tentent généralement pas le trou d’un coup par la porte avant, car la précision quasi-surhumaine de la vitesse requise est encore plus difficile à obtenir – un coup légèrement trop fort contourne la coupe et mène le participant dans un des coins du jeu, alors qu’une vitesse trop lente ne permet tout simplement pas de monter sur le plateau.

Ron a donc la porte ouverte pour exécuter son coup parfait et ainsi remporter le match. Il ne fait ni d’une, ni de deux et tente le birdie par l’avant. Il joue une vitesse un peu lente, tout juste suffisante pour demeurer sur le plateau. Sa balle bifurque légèrement vers la droite, directement dans la coupe.

Le Grand Requin Blanc vient de montrer les dents ! Réjean et lui obtiennent de ce fait leur retour dans le match suivant, qui renoue avec la formule en simple.

Les techniciens démontent les trépieds et rangent les caméras. Pour la prochaine série d’enregistrements, le Défi Mini-Putt prend le chemin de la Rive-Sud de Montréal. Les matchs se joueront ainsi au terrain de Ste-Julie, qui ne dépayse pas trop les joueurs, car comme le vénérable Jean-Talon, il s’adosse lui aussi contre le mur d’un salon de quilles.


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