L’équipe de Sylvain Boucher et de Carl revient pour le deuxième match de la saison 1993. Forts de leurs douze trous d’un coup inscrits dans la première rencontre, ils sont très confiants de faire de même contre les deux équipes adverses formées de François Talbot et Alain Laperrière et de Martin d’Andrieu et Alain Lussier.
Avec quatre birdies en cinq trous, Carl et Sylvain imposent une cadence infernale à leurs adversaires; l’équipe d’Andrieu / Lussier répond aussi bien que possible à cette pression en étant seulement un coup derrière.
Au sixième trou, un Carl incrédule voit le coup apparemment raté de Sylvain prendre le chemin de la coupe et y pénétrer sans hésitation. À partir du coin gauche du tapis de départ, un impact au coin inférieur gauche de l’obstacle rend quasi-impossible d’obtenir un rebond intéressant, mais l’adolescent défie les pronostics. Carl indique sa stupéfaction : « Ehhh ben ! » Même l’analyste Jocelyn Noël est étonné; il explique que la continuité de mouvement dans l’élan de Sylvain explique sans doute ce résultat imprévisible.
Le jeu suivant, La Rivière, a beaucoup de choses à se faire pardonner envers Carl. À sa dernière présence, il y a inscrit un double bogey, mais fort de la confiance sans bornes envers son partenaire, il met la gomme : sa balle saute brusquement du tremplin et prend le chemin de la coupe en bondissant tout au long de son trajet. La vitesse de son coup le ferait encore une fois redescendre du plateau à coup sûr si sa balle touchait à la bande de fond, mais sa ligne parfaite la fait chuter dans le trou pour un sixième birdie.
Au huitième trou, Le Putter, Carl décide de forcer la note avec un coup extrêmement risqué. On dirait que toutes leurs balles se destinent à leur donner des birdies même s’ils empruntent la mauvaise ligne ou jouent la mauvaise vitesse. La balle de Carmoni frappe à l’extrémité gauche du premier obstacle, le bout droit du deuxième, heurte durement la bande de fond et revient à la coupe. Jocelyn note les étranges claquements métalliques qui émanaient des bandes de déviation sous l’impact de la balle de Carl, tandis que Serge lui reproche d’avoir joué avec le feu. Même avec les essais les plus outrageux les uns que les autres, voici un septième birdie en huit trous.
Leur séquence continue : trois trous d’un coup consécutifs ! Ils ont maintenant dix birdies en onze tentatives.
L’équipe Carmoni / Boucher est en voie de rééditer les exploits des Buist en inscrivant une partie quasi-parfaite de dix-neuf. Pour y arriver, ils doivent maintenir la pression. C’est là que le destin leur joue un petit tour, car ils inscrivent tous deux des bogeys au douzième trou avec des balles trop fortes qui passent tout juste à court du côté gauche de l’objectif, frappent la bande de fond et reviennent du côté droit.
Cette rare erreur des deux partenaires ne les met pas en danger pour autant, car leurs plus proches poursuivants ont encore deux coups de retard. L’équipe Talbot / Laperrière réside en queue de peloton avec cinq points de moins, ce qui les exclut pratiquement déjà de la course.
Reprenant ses esprits après le bogey équipe au Slalom, Carl inscrit trois des quatre derniers birdies de la formation.
Au dix-huitième trou, Sylvain joue premier et inscrit la normale. La bourse atteint 750 $, ce qui motive Carl au plus haut point. Il tente un coup très lent par la porte avant, car il n’a rien à perdre en manquant de vitesse dans la montée. Son audace récompense l’équipe avec leur quatrième bourse du match, pour des gains totaux de 1 200 $.
Cerise sur le sundae, les deux partenaires ont inscrit quatorze birdies et un bogey dans leur match, ce qui s’additionne aux douze du match précédent. Avec leurs vingt-quatre points, ils trônent bien confortablement au sommet du classement pour la finale. Il reste encore onze matchs en saison régulière, donc ils ne peuvent pas se reposer sur leurs lauriers; viendra bien une équipe qui les détrônera de leur position.
En cours de saison 1993, les Longtin mettent la table pour un autre changement majeur dans la formule du Défi Mini-Putt. Pour la toute première fois depuis sa création en 1970, le parcours Maxi sera utilisé dans des enregistrements télévisés. Entre-temps, il faut organiser le tout premier tournoi de qualification du « côté orange ».

Depuis les tout premiers tournois en 1970, seul le Mini a vu les participants s’y élancer. Le Maxi a toujours servi de parcours de consolation, à peu près tout juste bon à recevoir la clientèle régulière qui veut jouer pour le plaisir pendant que les professionnels compétitionnent du « côté jaune ».
Cet ordonnancement apparemment inébranlable n’est pas le premier principe sacré que les Longtin sacrifient à l’autel de la modernisation du Mini-Putt, mais c’est celui qui secoue le plus les joueurs professionnels. Ils doivent apprendre un tout nouveau parcours, sur lequel peu d’entre eux se sont risqués jusque-là, même pour simplementy jouer une partie pour le plaisir.
Pour sa part, Carl l’a seulement parcouru trois fois depuis 1970. Il a cependant compris un principe fondamental : si le Mini a son quinzième trou Le Monstre, qui peut réserver quelques surprises mais n’est pas particulièrement difficile, le Maxi a son Super Monstre, une version turbo-chargée qui ajoute une bosse plus haute, un plateau plus grand qui engendre des normales quasi-impossibles et une trappe de cailloux à proximité du départ. Sur le parcours orange, la partie n’est pas terminée tant que ce trou n’est pas passé, car tout peut y arriver.
Les dix-sept trous restants sont toujours réalisables en un seul coup; ce sont des normales qu’il faut se méfier ! En effet, Jean Benoît a conçu ce parcours pour les rendre difficiles au possible, avec autant de trappes et de bosses qu’il est possible d’en mettre.
Le fondateur de Mini-Putt a aussi déterminé qu’il faut bien que les joueurs aient des birdies à perdre pour qu’ils craignent autant les erreurs. Il a donc prévu quelques trous qui se réussissent facilement afin de leur en mettre quelques-uns en réserve. S’il est construit conformément aux plans officiels, le septième trou, La Coulée, est encore plus facile à réussir que ne l’est l’Équerre sur le Mini.
Deux trous avant l’infâme Super Monstre, le treizième trou, Le Facile, est lui aussi apparenté à une « normale 1 ». Si la vitesse est suffisante pour se rendre à la coupe, le trou d’un coup est quasiment garanti par une dénivellation circulaire identique au trou précédent, La Soucoupe, qui guide automatiquement la balle vers le trou.
Le Maxi est donc un parcours très différent du Mini : les birdies y sont plus faciles à réaliser, mais les erreurs sont beaucoup plus coûteuses. Ainsi, si le Mini incarne la constance avec ses trous ni excessivement faciles ni trop difficiles, le Maxi incarne le contraste entre ses jeux garantissant pratiquement un trou d’un coup et les autres où les bogeys sont légion.
C’est au terrain de Granby qu’a lieu le tout premier tournoi Maxi de l’histoire le 14 août 1993. À la clé, des participations aux matchs télévisés de la saison 1994 qui présenteront ce parcours aux téléspectateurs.
Au cours d’une séance de pratique, Carl trouve une faille systématique causée par la méthode de construction du Super Monstre. Lorsque les ouvriers retirent les coffrages de la trappe de cailloux qui borde la ligne idéale pour le birdie, le béton encore frais se soulève très légèrement. Une fois que le tapis y est apposé, cette imperfection invisible à l’œil nu crée un genre de vallon qui redirige la balle tout droit vers la coupe pour qui ose l’emprunter.
Jean Benoît serait très fier de cette stratégie de Carl : elle représente la quintessence même de son parcours Maxi. En effet, pour emprunter ce vallon créé accidentellement, il faut frôler la trappe d’aussi près que possible sans y tomber – si Carl n’est pas prêt à risquer le bogey, il doit oublier le birdie.
De plus, une subtile erreur de positionnement au moment de l’élan et c’est le coup de pénalité. Encore une fois, la technique de putting que lui a montrée Réal Guimond vient à sa rescousse. Comme il peut répéter à loisir la position de sa balle sur le tapis de départ, son angle de frappe et sa vitesse, il peut combiner les trois facteurs pour tenter cette ligne difficile à maîtriser avec un bon niveau de confiance à chaque tentative.
En possession de ce truc pratiquement infaillible, Carl est l’un des rares joueurs que le trou le plus difficile du Maxi n’effraie pas. Pour les rares fois où sa balle ne chute pas directement dans la coupe, il détermine qu’il est très périlleux de tenter la normale. En effet, la bosse format géant qui accueille le trou est conçue spécifiquement pour la rediriger sans cesse aux confins du jeu.
Carl se donne une règle personnelle : s’il doit jouer son deuxième coup loin de la coupe, il concède sa normale et exécute plutôt un roulé très lent pour se positionner au pied de la bosse dans un angle favorable, lui rendant ainsi le bogey aussi facile que possible. Cette stratégie non-conventionnelle s’articule sous forme de slogan : « Au Super Monstre, c’est 1 ou c’est 3 ! »
Tout comme sa toute première position télé remportée au tournoi provincial 1990, Carl décroche facilement sa place pour la série de matchs sur le Maxi programmée pour 1994. Aléa du destin, il ne foulera pas les tapis du Maxi de Terrebonne, qui accueille officiellement le changement de parcours aux matchs 7 et 8, mais plutôt ceux de Saint-Eustache, car sa position au classement le place plutôt à la neuvième rencontre.
Entre-temps, le putter à tête grise acheté à la hâte avant le premier tournage de la saison 1993 ne fait pas le travail escompté.
Au hasard d’un détour au magasin Zellers de Saint-Jérôme, Carl pense avoir la berlue : on dirait que le détaillant à bas prix vend son défunt Par-Right, ici annoncé sous le nom de Zebra. Comment est-ce possible ?
En prenant ce surprenant putter dans ses mains, Carl se rend vite compte de la différence avec son ancien bâton. Bien que la tête soit en aluminium comme le Par Right, la tige de format standard lui confère tout juste assez de poids pour qu’il n’ait pas à modifier la force de ses élans.
C’est le compromis parfait : le Zebra est assez léger pour conserver un contrôle précis de sa vitesse, mais est aussi juste assez lourd pour lui offrir de bonnes performances sur les nouveaux tapis plus épais installés en province.
Zellers, dont le slogan publicitaire est « Le prix le plus bas fait loi », ne donne pas dans la fausse représentation. Ce bâton correspondant exactement aux besoins de Carl se détaille 9.99 $, à peine plus que le Par Right plus de vingt ans auparavant.
Carl passe à la caisse et, fidèle à son habitude, en achète deux.
Parallèlement, le conjoint de sa sœur Carole approche Carl pour faire renaître un terrain de Mini-Putt à Lachine.
Un lot vacant situé dans le stationnement des Galeries Lachine est déjà pressenti pour l’accueillir, tout juste en face de l’ancien terrain où se sont connus Carl et Suzanne.
Fort de sa relation avec les Longtin, Carl approche le président Robert dans le but d’obtenir une soumission officielle. Pour 135 000 $, le franchiseur lui offre une solution clé en main qui comprend la construction du jeu, la gestion de projet, le matériel d’opération et la publicité d’ouverture.
Carl transmet cette soumission à son beau-frère. Parallèlement, il met à profit ses contacts à la ville pour négocier un changement de zonage permettant que le site obtienne une vocation récréative. Les négociations avec le conglomérat propriétaire du centre commercial va bon train. Tout semble aller sur des roulettes.
Alors que Mini-Putt International est sur le point de recevoir le chèque de son nouveau franchisé, le propriétaire des Galeries Lachine change d’avis : il est seulement prêt à signer un bail de deux ans qui sera ensuite renégociable.
Carl a déjà vu ce film plusieurs fois et se méfie. Prétextant que leur terrain vacant n’a pas de grande valeur commerciale, les propriétaires terriens attirent les franchisés potentiels de Mini-Putt avec des loyers modiques, puis les augmentent brusquement quelques années plus tard quand la ville se développe tout autour. Ne pouvant soutenir ces augmentations incessantes sans se priver de salaire, les exploitants sont contraints de mettre la clé sous la porte et de faire démolir leurs jeux.
De plus, la banque exige que la durée du financement des coûts de construction soit égale ou inférieure à la durée du bail. Il est complètement impossible de rembourser 135 000 $ en seulement deux saisons d’opération.
Le projet tombe donc à l’eau, et le Mini-Putt ne connaîtra pas de renaissance à Lachine.
Au Mini-Putt de Saint-Eustache, l’équipe technique s’installe pour filmer le troisième match de la saison 1993. Deux nouvelles équipes affrontent l’indélogeable duo Carmoni / Boucher : Rose-Marie Girard et Guy Robillard ainsi que Gianna Daluiso et Alain Girouard.
D’entrée de jeu, l’équipe d’animation de Claudine, Serge et Jocelyn se demande si Alain offrira la même performance que son père Jean-Claude en 1991. Celui-ci avait connu un match record en raflant 1 650 $ en bourses sur un total de 1 800 $.
Serge est sceptique : malgré qu’Alain ait participé au Défi Mini-Putt à deux reprises en 1990, avant que son père inscrive son nom au livre des records, il ne croit pas que le talent du paternel sera aussi présent chez le fils.
Comme pour le faire mentir, Alain réussit cinq birdies en six essais, dont une séquence consécutive sur les trois premiers trous.
Pendant ce temps, l’équipe de l’heure connaît un départ un peu plus lent que lors des semaines précédentes. Ils ont déjà deux coups de retard sur l’équipe Girouard / Daluiso au départ du septième trou. Intraitable, Alain les tient à distance de la tête en maniant de main de maître son putter Wilson de couleur dorée.
Carl et Sylvain bénéficient finalement d’une malchance de Girouard au neuvième trou, Le Chameau, pour réduire leur retard. Alors que Gianna inscrit le bogey, Alain envoie une balle parfaite, qui contourne la coupe à l’aller, frappe la bosse arrière, et contourne à nouveau la coupe au retour. Boucher en profite pour inscrire le birdie. Les voilà partis !
L’égalité est créée en tête dès le trou suivant, Les Trappes. Au Carrefour, Alain parvient de justesse à la conserver en répliquant aussitôt au birdie de Sylvain. Au treizième jeu, Carl inscrit le trou d’un coup, donnant la première place à son équipe et, fait non-négligeable, de mettre la main sur 850 $ de bourses.
Alain manque un peu de chance vers la fin du match avec des normales à profusion. À l’opposé, l’équipe Carmoni / Boucher connaît une bonne séquence avec quatre birdies en six. Gianna inscrit son premier trou d’un coup du match au dix-septième jeu, mais c’est malheureusement trop peu, trop tard pour parvenir à remporter la palme.
Encore une fois, c’est Carl et Sylvain qui remportent la victoire. Ils ajoutent également dix points à leur fiche pour un total de trente-quatre.
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