Chapitre 11 – « Birdie pour Carmoni ! »

Le grand jour est finalement arrivé : les dix meilleurs joueurs de la saison 1991 du Défi Mini-Putt s’affrontent aujourd’hui en formule bagarre pour déterminer le grand champion. Le championnat est formé des cinq joueurs ayant inscrit la meilleure carte de pointage ainsi que des cinq meilleurs boursiers.

Avec ses gains totaux en saison de 3 850 $, Carl domine le tableau des bourses, tout juste devant son comparse Sylvain Boucher, qui a accumulé un très respectable 2 950 $ en cinq présences. Jocelyn Noël, Réjean Grenier et Jean-Claude Girouard complètent ce groupe.

Au niveau des cartes de pointage, Paul Boucher a créé la surprise lors du tout dernier match régulier de la saison en inscrivant une ronde record de 27. Il figure donc en tête de ce tableau, suivi par Gilles Bussières, Fernand Patenaude, Richard Arbour et Gaétan Hains, qui s’est classé au même match que Paul avec un grand total de 32.

C’est toute une brochette de participants qui se présente au premier trou de cette grande finale. Alors qu’ils s’affrontaient au pointage individuel en saison régulière, c’est maintenant la formule de la bagarre qui prévaut. Chaque joueur tentera le trou #1, Le Totem, au niveau du pointage. Si plusieurs joueurs inscrivent le même score le plus élevé, par exemple six qui effectuent la normale contre quatre qui ont fait le birdie, ceux qui ont inscrit les normales reviennent au départ et jouent un seul coup au mesurage. Le plus éloigné de la coupe est éliminé, puis on passe au trou suivant pour faire la même chose jusqu’à ce qu’il en reste un seul, couronné grand champion 1991.

En tant que champion boursier, c’est Carl qui brise la glace en jouant le tout premier coup. Sa balle passe très près du deuxième totem et bondit littéralement dans la coupe; Serge s’exclame « Dès le départ, belle ligne ! Carmoni, birdie ! » Ayant réussi le premier jeu, il va placer sa balle au départ du deuxième trou car il vient de s’assurer d’être encore le premier à jouer.

C’est maintenant à Paul Boucher, premier au niveau des cartes de pointage, de tenter sa chance. Il inscrit lui aussi le trou d’un coup. D’un naturel très discret, il sourit légèrement en allant reprendre sa balle.

Les participants se suivent. Plusieurs inscrivent des normales. Jouant avant-dernier, Jean-Claude Girouard voit sa chance tourner dès le départ. Il frappe le deuxième totem, puis revient au niveau du premier. Il tente sa normale en vain, puis inscrit le bogey. Lorsque le dernier joueur Gaétan Hains joue une normale, Jean-Claude se voit éliminé car il est le seul à avoir inscrit un pointage de 3. Il retourne chez lui avec 100 $ en poche.

C’est maintenant le temps pour Carl de jouer sa balle qui l’attend au départ du deuxième trou depuis maintenant une dizaine de minutes. Après un élan de pratique, il frappe du côté gauche. Sa balle prend lentement une trajectoire vers le milieu du jeu, monte le petit plateau, puis pénètre dans la coupe. Un deuxième birdie consécutif ! Carl ramasse sa balle, mais comme le trou suivant de la finale est Le Billard, d’ordinaire le cinquième jeu en formule en simple, il la garde cette fois dans ses poches pour ne pas devoir prendre une longue marche pour aller la déposer au prochain tapis de départ.

Pas moins de six des neuf joueurs restants inscrivent une normale. Comme il s’agit du pointage le plus élevé pour ce trou, ces six participants retournent pour jouer un coup au mesurage. Surprise totale : Richard Arbour et Gilles Bussières placent tout deux leur balle à 46 pouces (117 cm) de l’objectif, dans le coin droit de la fosse arrière. On doit donc jouer une deuxième bagarre au mesurage pour déterminer un perdant.

Gilles joue premier et inscrit une meilleure distance de 40 ½” (102 cm). Richard parvient à loger sa balle tout juste plus près à 39 ½” (99 cm). Le grand Gilles Bussières se voit donc éliminé dès le deuxième trou et obtient une bourse de 125 $.

Carl poursuit sa tradition d’excellence au trou suivant. Dès que sa balle rebondit contre la bande de fond, il est certain que son coup lui donnera le birdie. Il encourage sa balle : « Supposé ! Supposé ! ». Elle semble encore une fois l’écouter car elle se loge dans la coupe sans la moindre hésitation.

Trois participants inscrivent des normales sur ce qui est possiblement le trou le plus facile du parcours. En bagarre, deux se reprennent de façon magistrale en inscrivant le trou d’un coup, leur accordant une distance de 0. Un seul reste tout juste à l’écart avec une très faible distance de 6 ½” (15 cm) : nul autre que Sylvain Boucher ! L’adolescent qui avait démontré une grande maturité dans son jeu en saison régulière se voit donc privé de la gloire d’être champion et quitte le terrain avec une bourse de 150 $.

Au quatrième trou de la finale, joué sur le septième jeu du parcours, La Rivière, Carl n’inscrit exceptionnellement pas le birdie. Le trou est extrêmement difficile, car le tremplin donne une trajectoire imprévisible quand la balle retombe lourdement sur le plateau arrière. Malgré un coup quasi-parfait, sa balle contourne la coupe de droite à gauche, restant néanmoins à proximité de l’objectif pour une normale facile.

Ce trou est tellement difficile que les six autres joueurs inscrivent également des normales. Le champion de la saison 1990 Réjean Grenier réussit d’ailleurs un spectaculaire coup roulé : étant revenu très près de la descente vers la rivière, sa balle contourne l’objectif de droite à gauche sur son deuxième coup. Ayant perdu tout espoir car entrevoyant déjà le bogey qui lui assurera la défaite, Réjean voit sa balle frapper la bande de gauche, puis revenir lentement au trou, lui permettant de se battre en bagarre lui aussi.

Comme personne n’a inscrit ni de birdie ni de bogey, Carl doit donc connaître la bagarre pour la première fois dans cette finale. Jouant encore premier, c’est maintenant à lui de placer sa balle le plus près de la coupe. Fidèle à son habitude, il bloque sa respiration, puis s’installe sur le tapis de départ.  Nul besoin d’élan de pratique, car son premier coup sur ce jeu était si parfait qu’il a contourné la coupe. Carl utilise donc exactement les mêmes paramètres de position, d’angle et de vitesse.

Sa balle saute sur le tremplin, monte le plateau arrière, puis frappe le bord arrière de la coupe, se soulève dans les airs, puis pénètre dans le trou en tournoyant jusqu’à ce qu’elle y demeure. Carl bondit de joie et pompe son avant-bras pendant qu’un Serge exubérant hurle de désormais célèbres paroles dans son microphone : « BIRDIE ! BIRDIE POUR CARMONI ! »

Assuré d’une distance à priori victorieuse de 0, Carl regarde ses comparses effectuer leurs tentatives. Seul Gaétan Hains parvient à égaliser l’exploit de Carl. C’est finalement Fernand Patenaude qui est éliminé et qui obtient un montant de 175 $.

Carl est gonflé à bloc pour le trou suivant : le neuvième, Le Chameau. Il vient de réussir quatre birdies en cinq tentatives, incluant sur la Rivière, le plus difficile du parcours. Un jeu aussi simple constitué de deux petites bosses entre lesquelles repose le trou ne devrait donc pas lui opposer beaucoup de difficultés.

Est-ce par excès de confiance que Carl met légèrement trop de vitesse à sa balle ? Nul ne le sait.

Sachant que sa balle a quitté trop rapidement le tapis de départ, Carl la supplie d’au moins toucher à la coupe afin de la dévier vers les côtés et lui permettre ainsi de rester entre les deux bosses. Sa balle, qui l’a écoutée jusqu’à présent aussi fidèlement que peut le faire un objet inanimé dépourvu d’oreilles, ne lui obéit pas et passe tout juste à gauche de la coupe. Elle est encore animée d’une vitesse excessive.

Le résultat est dévastateur : au lieu de monter partiellement sur la bosse arrière pour revenir vers la coupe, sa balle passe par-dessus et se retrouve dans la section arrière du jeu. La deuxième bosse se dresse maintenant entre lui et l’objectif – Carl sait qu’un bogey à ce trou sera la fin pour lui.

Sur son deuxième coup, sa balle monte lentement la deuxième bosse. Elle passe à gauche du trou, remonte sur la première bosse, redescend en passant du côté droit. Elle a encore assez de vitesse pour remonter un peu sur la bosse arrière et revenir pratiquement en ligne droite vers le trou. Carl hurle de désespoir : « Envoye donc ! »

Peine perdue : sa balle contourne le trou de gauche à droite et s’immobilise bien à l’écart. C’est le bogey.

Les autres participants réussissent tous des normales. Aussi surprenant que cela puisse paraître avec sa saison record, Carl est éliminé !

Trou #11 du Mini : Le Carrefour

Gaétan Hains, Richard Arbour et Réjean Grenier sont les suivants à tomber au combat. Au tout dernier trou, ce sont deux grands amis du Mini-Putt de Beauport qui s’affrontent pour le championnat : Jocelyn Noël et Paul Boucher.

Inscrivant d’entrée de jeu des normales, c’est à la cruelle bagarre au mesurage que se décidera le gagnant du trophée.

Jocelyn loge d’abord sa balle à 23 ½” (58 cm). Difficile de faire mieux.

Et pourtant ! Son ami tente le coup parfait. Sa balle s’arrête tout juste devant la coupe. Paul Boucher devient le champion 1991 !

Paul Boucher (à gauche), champion du Défi Mini-Putt 1991, et Jocelyn Noël (à droite), finaliste

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