En 2005, Carl opère son entreprise SCVT à l’ancienne mode. Il a un organisateur rotatif « Rolodex » pour entreposer les fiches contenant les coordonnées de ses nombreux clients et fournisseurs. Sa pagette ne quitte pas sa ceinture. Il a même un fax pour envoyer ses divers documents.
La seule chose qu’il n’a pas à cette époque est une connexion internet. Son fils Pascal, informaticien tout comme Jocelyn Noël, convainc son père d’entrer dans l’ère numérique. Le paternel cède, bien qu’il ne voie pas ce que toute cette technologie peut lui apporter de plus mis à part des problèmes potentiels.
Pascal lui montre comment utiliser cette nouvelle source d’informations étape par étape. Courriel, sites web, moteurs de recherche : tout y passe.
Un bon matin, Carl se demande si les gens se souviennent encore de lui et du Mini-Putt. À tout hasard, il tape son nom dans Google.
Quelques mois plus tôt, des amis ont créé un montage audio des meilleurs moments du cinquième match du Défi Mini-Putt de l’an 2000, désormais célèbre pour les neuf birdies consécutifs d’Éric Larivière et sa consécration en véritable Maurice Richard de la discipline par un volubile Ron Poliseno. La bande a publié ce clip sur son blogue. Sous la publication, plusieurs personnes se demandent maintenant dans les commentaires ce qu’il est advenu des anciennes vedettes qu’ils ont tant admirées à RDS.
Où sont passés les Jocelyn Noël, Dari Cliche, Gilles et Lucie Bussières, Carl Carmoni et autres élites qui ont fait vibrer la province au grand complet pendant tant d’années ?
Jocelyn a déjà trouvé la conversation impromptue et a répondu à quelques questions. Il donne même son courriel pour que les amateurs puissent lui parler directement.
C’est au tour de Carl de se rendre compte qu’il est recherché par ses multiples fans. Il leur répond aussitôt.
Néophyte, il croit que la conversation est privée, donc il donne son numéro de téléphone cellulaire et son courriel à quelques fans sans savoir qu’il vient en fait de les distribuer pratiquement au monde entier.
Le lendemain matin, Carl a pratiquement une crise cardiaque quand il voit le nombre de messages dans sa boîte de réception. Comme il a donné l’adresse courriel qu’il utilise pour ses communications professionnelles, il pense qu’il vient de décrocher le gros lot en termes de contrats potentiels !
Rapidement, il revient sur terre et réalise que la manne provient plutôt de nombreux fans qui veulent lui parler de ses anciens exploits. Il n’a même pas le temps de leur écrire une réponse – son cellulaire sonne sans cesse pour les mêmes raisons. Pour continuer à recevoir les appels de ses clients, il est donc contraint de changer de numéro en catastrophe.
Peu à peu, quelques anciens joueurs élites trouvent le fil de commentaires qui augmente un peu plus à chaque jour. À un fan qui se demande, hilare, pourquoi Ron a présenté Gaétan Hains comme un « Jocelyn Noël en plus petit format » lors d’une des émissions de l’an 2000, c’est Gaétan lui-même qui répond qu’il est véritablement plus petit que son ami Jocelyn mais qu’il a lui également des réactions tout aussi explosives.

Peu à peu, les anciens qui reprennent ainsi contact de façon improvisée conviennent qu’ils s’ennuient tous de jouer au Mini-Putt. Carl organise une journée retrouvailles qui sera placée d’emblée sous le signe du plaisir – aucun trophée ni aucune bourse ne sera en jeu. Le but est uniquement de reprendre contact et de jouer quelques parties en souvenir du bon vieux temps.
Pas moins de cinquante-quatre joueurs, autant des anciennes élites de la télévision que des fans n’ayant jamais joué en compétition, prennent part à cette toute première journée organisée depuis la fin du Défi Mini-Putt.
Sur ces entrefaites, Stéphane Martel, un rédacteur du magazine Urbania, trouve également le fil de discussion. Un article « Que sont-ils devenus » sur les anciennes vedettes du Défi Mini-Putt s’inscrit parfaitement dans le style déjanté de ce magazine web, à plus forte raison étant donné qu’on planifie justement un spécial Rétro pour l’édition de juillet.
Stéphane contacte donc Carl et Jocelyn pour organiser une entrevue. Parallèlement, Urbania travaille sur un jeu de Mini-Putt au format Flash – on peut y entendre de célèbres extraits de Serge Vleminckx tirés des nombreuses émissions pendant qu’on tente de maîtriser les divers jeux virtuels.
À la suite du succès de cette première journée de retrouvailles ainsi que de l’élan créé par les publications d’Urbania, Carl et Suzanne décident qu’il y a matière à réflexion quant à la relance officielle des tournois de Mini-Putt.
D’emblée, les Carmoni veulent éviter le côté agressif et toxique de la compétition depuis 1992 qui a fait perdre ses lettres de noblesse à l’esprit sportif impeccable préconisé par Jean Benoît. Ils ont ainsi vu des mauvais perdants frapper dans les clôtures et dans les bandes à coup de putter à la suite d’un coup raté en tournoi, d’autres insulter des gagnants qui ne provenaient pas du « bon » terrain, ou encore des joueurs sortir un coffre à outils le matin d’une compétition pour déplacer des obstacles de quelques degrés afin de s’avantager.
Pour éviter ces situations désagréables mais surtout pour encourager une relève durable, ils développent une nouvelle formule plus propice à une saine compétition et surtout à un esprit sportif irréprochable.
Ainsi, dans le cadre d’une journée de tournois typique, la compétition du matin est de type Pro-Am. Un joueur élite pige un débutant afin de jouer trois parties en formule deux balles, meilleure balle. Les frais d’inscription sont volontairement minimes : 15 $, dont 10 $ revient en bourses aux équipes gagnantes.
L’après-midi, les joueurs qui le désirent peuvent s’inscrire à une deuxième compétition de trois parties, cette fois en simple. Pour encourager la relève, chacun compétitionne alors uniquement contre d’autres participants de la même classe : les élites contre les élites, les débutants contre les débutants.
De cette façon, même un joueur qui en est à son tout premier tournoi à vie a la chance de remporter une bourse, car son tableau est composé d’autres personnes dont la moyenne est similaire à la sienne.
Par ailleurs, Carl et Suzanne demandent de la part des propriétaires de Mini-Putt désireux de faire partie du circuit de proposer des tarifs de pratique très concurrentiels. Ainsi, en échange du prestige de recevoir une des journées d’activités officielles qui verra son lot d’anciennes vedettes de RDS s’élancer sur les pistes, l’exploitant doit proposer des taux à rabais à quiconque veut s’améliorer en vue du tournoi au cours des deux semaines précédentes : une heure pour 5 $, trois heures pour 10 $ et la journée complète pour 20 $.
Certains tentent de négocier des tarifs de pratique plus élevés, mais les Carmoni ne s’en laissent pas imposer. Pour faire partie du circuit de la relance, tout le monde a la même entente sans exception, car c’est la seule façon d’être juste et équitable envers tous, les joueurs comme les propriétaires.
Le format des tournois plait beaucoup aux amateurs et aux débutants. Les compétitions connaissent un succès qui croît d’année en année. Les terrains participants sont sans cesse plus nombreux.
Certains joueurs élites se demandent pourquoi Carl n’organise pas de formules dont la totalité des bourses est mise en commun sans égard aux classes, par exemple pour garantir 1 000 $ ou plus comme dans le bon vieux temps. Le principal intéressé répond que c’est la pire façon d’encourager la relève, car les débutants n’ont aucune chance de remporter quoi que ce soit s’ils compétitionnent directement contre des élites. Un matin de tournoi, pour mieux marquer son point, Carl demande aux élites de lever la main, puis il les compte. Sur les trente joueurs inscrits ce matin-là, seulement sept joueurs ont la moyenne inférieure à 32 requise pour se classer au niveau supérieur. Il les fustige gentiment : « Si on faisait des formules pour les pros, on serait sept à jouer ce matin, pas trente ! »
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