Jocelyn Noël devient propriétaire du Mini-Putt de Charlesbourg en novembre 1999. Ce terrain est situé dans le stationnement d’un centre commercial du quartier – bien que le lot sur lequel il repose ne lui appartienne pas, il possède néanmoins le droit de franchise et les trente-six jeux.
Tous les terrains des Propriétaires Associés organisent trois jours d’activités du 18 au 20 août 2000 : la fin de semaine du hot-dog. Les joueurs qui se présentent durant cette période peuvent manger et boire gratuitement, car l’approvisionnement est assuré par les commanditaires Weston et Lafleur. Le but de la manœuvre est de regénérer les coûts engendrés par la production de l’émission en vendant un nombre plus élevé de parties qu’à l’habitude pendant ces trois jours d’activités.

Le plus récent des propriétaires reçoit donc comme prévu soixante boîtes de douze saucisses Mega-Dog ainsi que le nombre requis de pains allongés – le casse-tête est de trouver l’espace pour entreposer toute cette nourriture. Il se procure aussi un barbecue. Tout est fin prêt pour accueillir les participants.
Le 18 août au matin, la pluie se met à tomber. Nul besoin d’allumer le barbecue, car la météo de la première journée est défavorable. Le terrain n’ouvre même pas, car les tapis sont totalement détrempés, et il pleut de plus en plus.
Le samedi, pressentie pour être la journée la plus achalandée, voit les cieux se déverser encore plus sur la ville de Québec. Rien à faire, on devra encore reporter au lendemain.
Jocelyn fonde tous ses espoirs sur la journée du dimanche. Il a plusieurs centaines de hot-dogs à écouler et maintenant une seule journée pour le faire. La météo s’avère tout aussi médiocre. Il pleut pendant trois jours consécutifs.
Maintenant, que faire avec toutes ces victuailles ? Jocelyn veut s’en débarrasser avant d’être pris avec des dizaines de kilos de viande et de pains en décomposition. Il appelle le clan scout local – au début, les organisateurs croient à une blague, puis lui demandent combien il veut être payé pour toute cette nourriture, qu’ils pressentent pouvoir vendre à profit dans un quelconque événement caritatif. « Je ne demande absolument rien, venez juste tout chercher ! »
L’année suivante, en plein mois de juillet, le propriétaire du centre commercial lui refuse son renouvellement de bail au motif qu’il veut que l’énorme bâtisse prenne de l’expansion sur cette portion du stationnement. Après quinze mois et une seule saison d’opération, le rêve de Jocelyn d’être un exploitant de la franchise Mini-Putt prend fin aussi vite qu’il a commencé.
La saison 2001 débute sous un signe très défavorable pour la reprise du Défi Mini-Putt. Les informations de Carl lui provenant de son petit cousin étaient bonnes : plusieurs commanditaires ont retiré leurs billes pendant l’hiver. L’équipe de Ron Poliseno ne peut demander aux Propriétaires Associés d’éponger la différence, car le manque à gagner est trop important.
Malgré la promesse de Serge Vleminckx lors de la finale 2000, le Défi Mini-Putt nouveau s’arrête après seulement deux années d’activités, mais surtout d’efforts acharnés de Ron Poliseno et consorts.
Les franchisés, maintenant indépendants depuis la débandade de la vente de la maison-mère Rigolfeur à Novacap, perdent tout espoir, car la remise sur pied de l’émission était véritablement leur dernière chance. On anticipe déjà l’ultime vague de fermeture de terrains. Jean Benoît ne sera pas là cette fois pour sortir un lapin de son chapeau avec une nouvelle formule télé et la construction de nouveaux terrains comme il l’avait fait en 1985.
Les Mini-Putt de Saint-Eustache et de Fabreville sont tous deux sur des emplacements loués. Dans le cas du premier, qui a accueilli plusieurs compétitions télévisées et tournois locaux, le propriétaire du lot exige maintenant 40 000 $ par année de la part de Ron Poliseno pour conserver le droit d’occuper sa parcelle de 25 000 pieds carrés.
Pour sa part, Hydro-Québec détient l’emprise sous les lignes électriques qui surplombent le terrain fondé par Pierrette et Raymond Longtin. Le distributeur d’électricité augmente lui aussi ses loyers à un point tel que la situation est souvent intenable pour les franchisés : c’est ainsi 28 000 $ qu’il exige à son tour de la part de Ron.
Il est tout simplement impossible de signer deux chèques pour un total 68 000 $ en début de saison et de vendre assez de parties pendant l’été pour générer assez de profits pour payer à la fois des employés et d’incessantes réparations. Même si ces deux terrains sont bien intégrés dans leur communauté respective et sont fréquentés en masse par les familles des alentours, le bilan financier ne peut que s’assombrir avec des loyers aussi déraisonnables.
C’est donc la fin pour ces deux Mini-Putt phares – celui de Saint-Eustache est rapidement démoli pour faire place à une garderie. À Fabreville, on retire les deux cabanes, les bandes, les tapis et les clôtures, puis on laisse la dalle de béton, le stationnement et les multiples plantes vivaces plantées avec amour par Pierrette Longtin et Jocelyne Poliseno à l’abandon.
Quelques jeunes des environs se rendent compte que les multiples bosses et pentes de l’ancien Mini-Putt font un skate-park improvisé tout à fait convenable. Entreprenants, ils apportent même du béton pré-mélangé dans une brouette pour créer une rampe de toutes pièces entre l’ancien huitième et neuvième trou du parcours Maxi. Pour éviter les chutes en skateboard, on comble même les coupes des deux dix-huitième trous.

Privés de la publicité extraordinaire fournie par l’émission de télévision, plusieurs autres parcours en province mettent aussi la clé sous la porte. Les tournois fédérés cessent dès le début de la saison 2001, car la récompense ultime des joueurs n’existe plus – pourquoi pratiquer divers terrains pendant des dizaines d’heures dans ce cas ?
L’année 2001 marque ainsi l’effondrement final de la marque Mini-Putt fondée par Jean Benoît. L’aventure aura duré trente ans.
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