Chapitre 26 – « Chicken ! »

Bien que sa saison 1995 se soit terminée en queue de poisson sans qu’il puisse participer à sa cinquième grande finale consécutive, Carl a un autre événement majeur en vue en termes de mini-golf qui aide à faire mieux passer la pilule. En compagnie d’une pléthore d’autres joueurs élites de Mini-Putt, il participe en effet au championnat national annuel de la franchise Putt-Putt qui se joue cette année-là à Ypsilanti au Michigan.

Carl sait qu’il ne peut prétendre compétitionner avec les Américains. Ceux-ci arrivent des semaines d’avance pour pratiquer les trois parcours de dix-huit trous jusqu’à en maîtriser la moindre parcelle.

La délégation québécoise ne peut quant à elle se permettre que quelques jours d’exploration des cinquante-quatre trous. Participer à ce tournoi d’envergure leur permet surtout de prendre de l’expérience et de s’amuser en groupe plutôt que d’espérer remporter la victoire.

À l’issue d’un tournoi en saison régulière au terrain de Gatineau, les joueurs qui prennent le chemin d’Ypsilanti se regroupent le lendemain matin pour le départ vers les États-Unis. La grande majorité d’entre-eux monte à bord d’une énorme fourgonnette louée pour l’occasion : les quatre membres du clan Carmoni, Jocelyn Noël, Daniel Letarte et Paul Boucher. Les autres suivent derrière dans une automobile.

Lors de leur arrivée au Michigan, les québécois sont assaillis par la chaleur extrême. Le soleil frappe durement chaque recoin du terrain. Malgré une température ambiante qui atteint les 40 °C, il faut quand même pratiquer en vue du tournoi. Bien que la franchise Mini-Putt s’inspire du concept de Putt-Putt, la similitude s’arrête là. Les jeux y sont beaucoup plus longs et difficiles même s’ils sont tous dans les faits des normales 2.

L’un de ces trous est le treizième du parcours orange – Putt-Putt ne les baptise pas de noms comme l’a fait Jean Benoît, car c’est impossible à faire avec les cent trente designs du catalogue proposé à leurs franchisés pour la construction de leurs futurs terrains.

Ce treizième trou est une sorte de cousin germain de La Soucoupe du Maxi québécois. En prime, il contient aussi deux pentes opposées qui convergent vers le trou placé au tiers avant : le jeu descend d’abord vers la coupe puis remonte radicalement vers la bande arrière. À la suite d’une erreur de construction à laquelle même l’énorme organisation Putt-Putt n’échappe pas, le jeu penche également fortement vers la droite.

Pendant leurs incessantes rondes de pratique du parcours orange, les Américains passent directement du douzième au quatorzième jeu sans même tenter leur chance au redoutable treizième. Ils se disent qu’il ne sert à rien d’y perdre leur temps, car le birdie est définitivement impossible. En tournoi, ils jouent une balle très lente du coin gauche du tapis de départ contre la bande de droite pour la rapprocher de l’objectif, puis complètent une normale facile.

Le vétéran Paul Boucher, champion 1991 du Défi Mini-Putt, trouve un peu surprenant que des joueurs encore plus talentueux et expérimentés que lui soient incapables d’y inscrire le trou d’un coup. Utilisant une ligne à quatre rebonds qui n’est pas sans rappeler le coup miracle de Carl à La Soucoupe de Saint-Eustache en 1994, il parvient à réussir le birdie au moins une fois sur deux.

Carl y rejoint son ancien adversaire; les deux amis s’amusent à tenter ce birdie difficile. Se prêtant au jeu, ils ne remarquent pas qu’une foule de joueurs professionnels américains s’est massée sur un pont chevauchant un lac artificiel qui permet de passer du douzième au treizième trou.

Incrédules, les élites de Putt-Putt voient des joueurs dont ils ne connaissent ni d’Ève ni d’Adam avoir du succès sur un trou qu’aucun d’entre eux ne parvient normalement à réussir. Ils les observent intensément pour tenter de découvrir la clé du succès – il doit certainement y avoir un truc !

Paul s’installe au coin droit du tapis de départ, puis frappe une balle coupée. Elle cogne les quatre bandes, puis revient à la coupe.

« What was that? » (Qu’est-ce que c’était que ça ?) chuchote un Américain que nous surnommerons Tom. Ce dernier ne comprend pas trop l’étrange effet donné à la balle par le mouvement latéral des poignets qu’a fait le joueur de Beauport.

Carl prend la place de son ami au départ. Ignorant toujours que le moindre de ses gestes est observé par une cinquantaine d’américains, il coupe lui aussi sa balle. S’amusant ferme, il prononce le sourire aux lèvres sa désormais célèbre incantation : « Envoye la grand curve, ENVOYE LA GRAND CURVE ! » Ne manque que Serge Vleminckx pour crier Birdie derrière lui.

Ligne des joueurs américains au trou #13 d’Ypsilanti
Ligne des joueurs québécois au trou #13 d’Ypsilanti

« WHAT THE HELL?! » (QU’EST-CE QUI SE PASSE ?!) Tom est toujours aussi surpris, mais il commence vite à comprendre. Le trou jusqu’alors impossible semble plus facile lorsqu’on tord ses poignets en frappant. Aussi incroyable que ça puisse paraître en rétrospective, aucun professionnel du circuit Putt-Putt ne semble connaître à ce moment le principe de la balle coupée !

Carl a entendu le cri de l’américain. Se retournant, il voit la marée de joueurs sur le pont. Au premier rang, Tom le dévisage intensément. Pensant que tous ces gens attendent pour pratiquer le treizième, Paul et lui prennent le chemin du trou suivant.

Au cours des jours suivants, passés à alterner entre le terrain Putt-Putt et la piscine de l’hôtel à cause de la chaleur extrême, Carl est témoin d’une scène bien étrange : alors qu’ils passaient tout droit au treizième trou, les élites du circuit y font maintenant la file !

Les Américains tentent tant bien que mal de répéter ses exploits et ceux de Paul en bougeant leurs poignets à qui mieux-mieux à l’impact, mais ne s’improvise pas expert en balle coupée qui veut. Cette technique a demandé des mois de pratique à Carl – c’est impossible que des joueurs qui ne l’ont jamais tentée auparavant la maîtrisent à temps pour le tournoi de samedi.

Le jour du tournoi, Suzanne Carmoni est pigée sur le même départ que Tom, celui-là même qui s’était montré si étonné de voir son mari maîtriser l’impossible treizième trou en pratique. Carl a été pigé bien avant elle et est déjà parti jouer sa première partie. Elle le voit au loin, mais n’a aucune idée du déroulement de son match.

Tom entame sa partie en lion : il inscrit un neuf parfait ! Suzanne ne peut suivre cette cadence infernale et entame la deuxième moitié de sa partie avec quatre trous d’un coup – un excellent score au Québec qui est nettement insuffisant de l’autre côté de la frontière.

À leur arrivée au treizième jeu, Tom joue toujours premier car aucun joueur de son départ n’est parvenu à le déloger de la tête. Carl a fini sa première partie, et son deuxième départ ne sera pas appelé avant quelques minutes.

Tom se sent à son tour observé. Il lève les yeux et voit Carl à l’extérieur du terrain. Son regard étincelle : il vient de reconnaître le joueur qui leur a montré le principe de la balle coupée en réussissant sous leurs yeux ce même treizième trou.

Voyant que l’Américain a placé sa balle au coin gauche pour tenter sa normale facile habituelle, Carl éloigne les coudes de son corps et, sans un mot, les agite de haut en bas en imitant un poulet.

Tom comprend le mépris et surtout le défi dans le geste de Carl : tu m’as regardé le réussir en pratique toute la semaine et tu manques de courage pour l’essayer toi aussi !

Piqué au vif, l’américain déplace sa balle au coin droit. « Chicken, me? I’ll show him! » (Peureux, moi ? C’est ce qu’on va voir !)

Tel que l’a prévu Carl, le joueur élite américain qui vient de jouer un neuf parfait devant Suzanne n’a pas pu maîtriser ce coup complexe en aussi peu de temps. Tom agite comiquement ses poignets pendant son élan beaucoup trop fort – il s’est tellement concentré à couper sa balle qu’il a négligé le facteur vitesse. Sa balle glisse sur la bande de droite, frappe la bande de fond et ressort par le départ.

Coup de pénalité !

Tom tente à nouveau le même coup, avec le même résultat prévisible. La bouche de Suzanne est fermée en une mince ligne, mais le tressautement de ses épaules veut encore une fois tout dire.

Outré, l’américain place sa balle au coin gauche, joue la balle lente qu’il voulait frapper depuis le début, et inscrit finalement un pointage de 6. Avec ce score médiocre qui efface la quasi-totalité de son neuf parfait, le voilà exclu du tableau des champions dès sa première partie !

Carl termine son tournoi – comme prévu, il est très loin de la tête. En discutant avec ses amis québécois, ceux-ci lui lancent un avertissement : furieux d’avoir gaspillé des semaines de pratique et d’avoir perdu son championnat à cause du geste provocateur du joueur québécois, Tom le cherche pour lui exprimer sa frustration à grands coups de poing !

Réfugié dans la fourgonnette dont l’air climatisé tournant à plein régime suffit à peine sous le soleil brûlant, Carl attend que ses amis terminent leur tournoi, puis les québécois prennent le chemin de la maison.


Au printemps 1996, Carl prend une décision majeure au niveau de sa carrière. Dans son rôle de directeur chez Transcontinental, il passe plus de temps à s’obstiner sur des détails administratifs qu’à faire le travail qui le passionne depuis qu’il complétait sa douzième année. Il est surtout devenu allergique à la question typique du monde des affaires qu’on lui pose sans cesse : « Que vas-tu faire pour que cette situation ne se reproduise plus ? »

C’est décidé : il démissionne de son poste de directeur au bénéfice de celui de président de sa propre compagnie, qu’il fonde avec Suzanne comme actionnaire principale. L’acronyme SCVT qui lui sert de raison sociale dicte les deux spécialités qu’il est le seul à combiner : Service de Courtage et Vente de Transport.

Carl n’a pas à faire de quelconque publicité pour s’établir une clientèle, car sa réputation n’est plus à faire même en dehors du milieu de l’imprimerie. Comme il propose une offre de services intégrée, il se démarque d’emblée par rapport aux courtiers en douanes qui ne s’occupent pas du transport, et vice-versa. Cette approche clé-en-main est très attrayante pour ses clients potentiels.

À son premier matin comme entrepreneur, une importante société de transport l’appelle et signe le premier contrat d’une lignée qui durera une trentaine d’années. Après son dîner, une autre compagnie majeure de la région fait de même.

Trou #8 du Maxi – Le Triangle

Parallèlement, son ami Tony Grasso rachète le Mini-Putt de Lasalle de l’ex-hockeyeur professionnel Carol Vadnais, situé dans le stationnement du Carrefour Angrignon. Voulant équiper un lot vacant voisin de cages de pratique de baseball avec lance-balles automatiques pour diversifier sa nouvelle entreprise, Tony demande à Carl d’en assurer le transport et de les importer au pays à travers sa nouvelle compagnie SCVT.

La seule infrastructure particulière dont Carl a besoin pour faire sa tâche de courtier est la pagette clipsée à sa poche de pantalon ainsi qu’un téléphone public à proximité pour retourner ses appels. Il peut dans les faits s’installer n’importe où pour réaliser ses contrats. Comme il est passé bien près par deux fois d’acheter un Mini-Putt, il demande à Tony s’il peut exploiter son nouveau terrain pendant quelques semaines pour constater l’ampleur de la tâche.

Lorsque les lance-balles arrivent dans le stationnement du Carrefour Angrignon, Carl se propose pour les assembler et les encercler de filets protecteurs. Perché dans une plateforme élévatrice à une bonne dizaine de mètres du sol, le nouveau président de SCVT installe des centaines de crochets pour soutenir les cages flexibles des batteurs.

Opérer un terrain de Mini-Putt s’avère bien moins amusant que ce à quoi il s’attendait. L’exploitant doit arriver vers 10 heures, vendre des parties toute la journée tout en supervisant le jeu, puis fermer vers 23 heures avant de recommencer à l’identique le lendemain. Carl pouvait tenir cette cadence infernale quand il était adolescent, mais certainement plus maintenant !

De plus, alors que la majorité des clients est impressionnée de se faire vendre une partie par leur vedette préférée du Défi Mini-Putt, l’attrait de la nouveauté passe bien vite, et le joueur élite d’abord adulé devient simplement « Carl le gérant » après quelques visites.

Ce n’est toutefois pas le cas d’un joueur local un peu arrogant que nous surnommerons Angelo. Persuadé de son talent sur les pistes, il approche Carl avec un pari audacieux : jouer dix-huit trous sur le Mini contre lui pour 1 000 $ à l’enjeu. Si Angelo remporte le match, c’est Carl qui lui devra 1 000 $.

Devant l’obstination du bouillant joueur local qui le relance à quelques reprises, le vétéran accepte finalement le pari. On fixe la rencontre au lendemain. En attendant, le challenger se paie une partie afin de pratiquer le parcours une dernière fois. De son poste à l’intérieur du pavillon d’accueil, Carl le regarde s’exécuter d’un œil très dubitatif. Son futur adversaire a le niveau de jeu d’un bon débutant, mais certainement pas le talent d’un joueur élite.

Le lendemain soir, Angelo arrive dans le stationnement du Carrefour Angrignon au volant de sa grosse berline dont le parechoc est orné de deux cornes de taureau pointées vers l’avant, en contravention totale aux prescriptions du Code de la sécurité routière. La nuit lui a porté conseil, et il se présente devant Carl avec une proposition encore plus folle : l’enjeu est maintenant de 5 000 $. La mallette qu’il tient à la main contient la somme d’argent promise en petites coupures.

En considérant la disparité en termes de talents en présence, Carl peut sans peine couvrir le pari car il est plus que confiant de l’emporter.

Angelo veut également jouer son duel sur le Maxi au lieu du Mini.

Pas de problème – Carl maîtrise encore mieux le parcours orange de Lasalle.

Un dernier détail : Angelo exige maintenant d’avoir quatre coups d’avance dès le début du match.

Cette fois, c’est hors de question. Carl a l’impression de se faire avoir devant tant de modifications à la formule pourtant convenue d’avance. Ce n’est plus un combat dans les règles si son adversaire commence le match avec un score négatif.

Rageur, Angelo rembarque dans sa grosse berline et enfonce l’accélérateur. Rapidement, les cornes de taureau pointent vers la sortie du stationnement, frôlant un piéton au passage.

En raison de cette forte implication avec le terrain de Lasalle, Carl se voit forcé de rompre sa longue association avec Pierrette Longtin de Fabreville pour l’édition 1996 du Défi Mini-Putt, qui s’annonce trouble.

En effet, les frais de production de l’émission sont payés par les franchisés dont la clientèle est toujours en perte de vitesse devant l’arrivée du Rigolfeur. Les innovations de Mini-Putt International présentées en 1995 n’ont pas suffi à endiguer l’hémorragie.

L’édition 1996 se voit ainsi charcutée de plusieurs composantes fondamentales de la formule appréciée des téléspectateurs, à commencer par son nom : exit le Défi Mini-Putt !

L’émission s’appelle désormais Mini-Putt Pro-Am 1996.

Par manque de budget, on remercie aussi Serge Vleminckx, le pilier de la discipline depuis ses débuts à TVSQ.

Aussi, pour tenter d’encourager la relève qui manque cruellement sur les terrains, on crée des équipes composées d’un joueur élite jouant en simple et de deux joueurs amateurs jouant en deux balles, meilleure balle dont les pointages seront additionnés pour obtenir le résultat final de l’équipe. Comme plus de joueurs que jamais s’élancent devant les caméras, on diffuse seulement dix des dix-huit trous du parcours – les autres sont joués hors-caméra.

Finies également les bourses décernées à chaque trou. Comme les joueurs élites n’ont plus de raison de participer à des matchs télés étant donné qu’ils ne peuvent plus y remporter d’argent, Carl négocie avec Robert Longtin pour leur obtenir néanmoins une certaine compensation pour leurs efforts.

Chaque joueur élite qui participe à l’émission reçoit ainsi une passe de saison valable sur tous les terrains Mini-Putt de la province pour l’année 1996. Cet incitatif est souvent bien plus payant pour eux que des bourses.

De plus, pour réduire davantage les coûts, l’équipe technique propose le plan ambitieux de filmer cinq matchs par jour au lieu des quatre habituels. En considérant qu’un tel tournage implique pas moins d’une centaine de mouvements de caméras, les joueurs craignent que la cinquième et la dixième rencontre de la saison ne se terminent à la noirceur.

C’est au terrain de Lasalle qu’on filme les cinq premiers épisodes. À neuf joueurs par match, soit trois élites et six amateurs, on parle de quarante-cinq aspirants différents qui s’agglutinent dans le stationnement du Carrefour Angrignon. Comme la formule 1996 considère uniquement les meilleurs pointages équipes pour classer les finalistes, les gagnants du match précédent ne reviennent plus la semaine suivante, et une brochette de trois nouvelles formations s’élance à chaque rencontre.

Paul Boucher, spécialiste émérite de la balle coupée, fait équipe dans le tout premier match avec les deux amateurs Mathieu Royal et Pascal Carmoni, le fils de Carl et de Suzanne. Les professionnels Alain Girouard et Dari Cliche complètent le tableau; ils sont respectivement associés à Jean-Paul Bouchard et Ghislain Viau ainsi qu’à Jacques Janelle et Rémi Fichaud.

La nouvelle commentatrice Joanne Wayland introduit la nouvelle formule accompagnée de Ron Poliseno à l’analyse. Ce duo s’occupe de la totalité du travail – nulle animatrice sur le terrain pour poser des questions aux joueurs. C’est même Joanne qui présente les commanditaires lors des interludes.

Le tout premier trou, Le Totem, semble bien étrange au Mini-Putt Lasalle. En plus des trois sculptures autochtones idoines, il dispose en effet des deux bosses latérales du onzième trou du Maxi, Les Sentinelles, contre les bandes extérieures, ce qui est tout à fait unique en province. La cause n’est pas ici une énième mauvaise interprétation des plans, mais plutôt de la volonté d’un certain gérant de compenser pour une importante déviation naturelle de gauche à droite de la dalle de béton.

Lorsque Tony Grasso lui a confié le mandat de gérance de son terrain, Carl a ainsi remarqué que le birdie selon les règlements officiels était tout à fait impossible au Totem – la déviation empêche de trouver une ligne favorable vers la coupe. Profitant de sa relation privilégiée avec Robert Longtin, le nouveau gérant est ainsi allé aux quartiers généraux de Mini-Putt International y récupérer deux longues pentes en fibre de verre habituellement destinées au jeu des Sentinelles.

Une fois le tapis décollé, les bosses installées et la surface de jeu restaurée avec une généreuse dose de colle, le trou d’un coup est beaucoup plus facile à réaliser. La balle se fait ainsi rediriger vers le centre à chaque fois qu’elle tente de prendre le chemin des bandes de côté.

Fruit du hasard, c’est Pascal qui démontre les bénéfices de la modification effectuée par son père. Voulant venger le trou d’un coup raté de son comparse Mathieu dont la balle a frappé le fond de la coupe et en est ressortie, Pascal en joue une très rapide contre la bosse de droite, qui fonce droit à l’objectif. Birdie à son tout premier coup joué au petit écran !

L’objectif principal de la série Mini-Putt Pro-Am est d’encourager la relève, qui brille par son absence sur les pistes depuis quelques années. Chaque épisode contient donc des capsules informatives enregistrées au terrain de Saint-Eustache, où Ron explique à Joanne la mécanique de jeu, les règlements et les trucs pour réussir chacun des dix-huit trous.

L’entrepreneur en série Marcel Béliveau, icône des années 1990 à la moustache encore plus fournie qu’un Carl Carmoni ou qu’un Gilles Bussières dans ses belles années, propose deux promotions aux concurrents de l’émission en guise de commandite.

Ainsi, quiconque réussit le trou d’un coup au dernier trou remporte un certificat-cadeau à son restaurant « Il Mundo Di Marcello Bellivo ». Situé au rez-de-chaussée du bâtiment de quatorze étages qui abrite son agence de voyages, ce haut-lieu gastronomique sacré meilleure cuisine italienne de Montréal par le journal anglophone The Gazette en sert dans les faits de produit d’appel. Le menu fait ainsi figurativement voyager ses clients pour les inciter à passer du rêve à la réalité en achetant un véritable forfait vacances à l’étage supérieur.

Le deuxième prix récompense les deux amateurs de l’équipe gagnante de la grande finale avec deux forfaits d’hébergement pour deux personnes à son hôtel en Floride, transport inclus. À l’opposé, le joueur élite de cette même équipe remporte uniquement un appareil photo compact de marque Samsung.

Bref, l’émission met le paquet pour attirer la clientèle régulière et lui démontrer qu’elle peut également mériter sa place sous le feu des projecteurs. Le changement de formule fait cependant très mal aux cotes d’écoutes. Comme les champions ne reviennent plus de semaine en semaine, impossible de créer des dynasties comme celle des Buist au canal TVSQ, de Carl en 1991 ou encore de Jocelyn Noël en 1992. Les spectateurs sont donc contraints de voir tout au plus trois joueurs élites qu’ils connaissent déjà s’élancer au milieu de six amateurs qui en sont par définition à leur première apparition télé.

Après les cinq premiers matchs, dont le dernier se termine à la lueur des lampes au sodium tel que le voulait la prédiction, l’émission Mini-Putt Pro-Am 1996 prend le chemin du terrain de Terrebonne pour clore sa courte saison de dix matchs.

Carl participe au sixième match en compagnie de Marie Durocher et de Ghyslain Lacasse. Son équipe inscrit un total de 63, ce qui est insuffisant pour passer en demi-finale – les pointages des six équipes déjà classées dans ces deux matchs éliminatoires sont tous inférieurs à 61.

Suzanne ne peut faire mieux à l’épisode suivant. Malgré le support de ses coéquipiers Daniel Bourdeau et Michel Larocque, sa formation ne peut inscrire que 67.

La grande finale oppose les équipes de Lionel Beaulne, de Dari Cliche et d’Alain Girouard. Ce dernier est le nouveau propriétaire du terrain de Mini-Putt de Saint-Hyacinthe depuis 1994. Pour sa part, Lionel organise les tournois locaux au terrain de Gatineau. La réputation de Dari n’est plus à faire, lui qui a remporté les honneurs en simple l’année précédente.

Ce sont donc trois joueurs très expérimentés qui prennent le départ du match final. Comble de malchance, Dari n’a pu prendre de journée de congé pour les enregistrements. Lui qui travaille du coucher au lever du soleil comme boucher, il a donc quitté Black Lake à l’aube aussitôt que son quart s’est terminé et a pris directement la route de Terrebonne. Il passe donc l’équivalent d’une nuit blanche à jouer ses parties de championnat, pour ensuite reprendre aussitôt le chemin de la maison pour arriver à temps pour son quart de travail suivant.

Grâce à de solides performances, c’est l’équipe de Lionel Beaulne qui remporte finalement les grands honneurs avec une carte de 56, un record pour la nouvelle formule. Les deux amateurs Robert Girard et Pascal Leroux prennent donc le chemin de la Floride – l’histoire ne dit pas si Lionel les photographie à l’aéroport avant leur départ avec son appareil Samsung flambant neuf avant de poursuivre sa route vers Gatineau !


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