À l’automne 1998, Pierrette Longtin ferme son terrain de Fabreville pour l’hiver. Elle et son mari Raymond passent les mois les plus froids de l’année en Floride depuis des années; la préparation pour l’ouverture de son terrain en avril et sa fermeture en octobre les empêchent d’y demeurer les six mois qu’ils souhaiteraient. Maintenant âgée de 64 ans, Pierrette se demande quand elle pourra profiter de sa retraite.
Pour sa part, Ron Poliseno est au courant des désirs de Mme Longtin de se retirer. Il est toujours co-propriétaire du tiers des parts des Mini-Putt Saint-François, Terrebonne et Saint-Eustache. Pour dégager des capitaux afin d’acquérir le terrain de Fabreville, il convient avec ses partenaires d’échanger ses parts dans deux des trois sites en échange du plein contrôle de celui qu’il exploite lui-même : Saint-Eustache.
Le printemps 1999 voit donc Ron prendre possession du Mini-Putt sous les lignes électriques que les Carmoni ont longtemps représenté. Localisé à l’intersection du Boulevard Dagenais et de la rue Lisiane, le terrain de Fabreville est bordé d’un terrain vague sur ses deux autres faces, ce qui lui permet de disposer d’un énorme stationnement à l’est.
Comme le lot sur lequel il est installé est légèrement pentu, c’est un des rares terrains « multi-niveaux » en province. On doit ainsi monter ou descendre plusieurs marches pour accéder aux diverses sections des parcours Mini et Maxi. Pierrette Longtin a aussi installé nombre de plantes et d’arbustes décoratifs.
De plus, c’est un des rares Mini-Putt à deux pavillons d’accueil. L’entrée principale provenant de la rue Lisiane est bordée d’arbres matures. On passe ensuite sous le toit qui, telle une arche, relie les deux bâtiments – celui de gauche sert à payer sa partie, tandis que le droit propose des collations et des rafraîchissements.

Dans le cœur de Ron Poliseno, la gloire passée du Défi Mini-Putt et la déception vive de la fin en queue de poisson de l’émission pèsent lourd. En pleine tourmente à la suite de son acquisition par Novacap, la franchise Rigolfeur/Mini-Putt ne lui sera d’aucune aide dans son idée d’apparence folle : ramener la télévision[i].
Comme il a d’excellentes relations avec les propriétaires de terrains, Ron leur propose un pari audacieux. En se regroupant, ils peuvent lever assez de capitaux pour financer les bourses et une portion des coûts de production d’une toute nouvelle série.
Il en convainc dix. N’étant pas en reste, il contribue deux fois plutôt qu’une : Fabreville et Saint-Eustache prennent chacun part à égalité avec les autres propriétaires.
Ce consortium de la dernière chance porte le nom des Propriétaires Associés.
Ron enregistre le nom d’entreprise Défi Mini-Putt en février 1999 – c’est cette compagnie nouvellement fondée qui assure la production de la nouvelle émission.
Pour couvrir le reste des coûts, Ron approche quelques compagnies bien connues et leur assure qu’elles peuvent commanditer un trou parmi les dix-huit du terrain de Fabreville. En ondes, les animateurs présenteront leur marque de commerce pendant qu’une image de leur logo sera affichée à l’écran. La surface de jeu recevra également quelques autocollants à leur effigie.
Excellente nouvelle : Serge Vleminckx est de retour à l’animation, alors que Ron le seconde à l’analyse. Pour garder les coûts au plus bas, les matchs seront enregistrés à la mode TVSQ, avec le commentaire réalisé en direct sur la bande.
On récupère aussi la stratégie de tournage de la mal-aimée série 1996, soit cinq matchs par jour en deux séances pour un total de dix rencontres télévisées.
On retient également le format de la saison 1993, avec trois équipes de deux joueurs en formule deux balles, meilleure balle, ainsi que le critère du pointage le plus faible comme condition pour revenir la semaine suivante.
L’émission ne change pas de terrain en cours de saison – tous les matchs seront enregistrés dans le cadre enchanteur qu’est le Mini-Putt de Fabreville. C’est un parcours réputé extrêmement difficile. Quand ce ne sont pas d’importantes déviations causées par sa construction en paliers, ce sont les obstacles supplémentaires posés par la conversion en Super-Mini qui nuisent aux participants.
Ainsi, au onzième jeu, Le Carrefour, une trappe de sable est maintenant installée contre la bande de fond qui borde l’arrière de la coupe. Toute balle animée d’une vitesse supérieure à celle requise pour tout juste se rendre au trou y finit assurément. Contrairement aux anciennes règles en vigueur quand on tombait dans les cailloux, on doit cette fois remettre la balle au départ sans coup de pénalité, ce qui est encore plus difficile pour le joueur – il était si près, voilà qu’il doit maintenant recommencer à zéro.
Afin de faciliter le travail des participants, on leur permet de jouer en style libre; nul besoin de toucher aux divers obstacles ni de passer entre les totems. La production veut beaucoup de birdies, et le terrain ne le permettrait pas en suivant les règles officielles. Évidemment, il faut alors que les joueurs pratiquent beaucoup plus qu’à l’habitude, car les possibilités de lignes vers la coupe deviennent pratiquement infinies.
Les Carmoni, respectivement classés pour le troisième et le quatrième match, reprennent donc le chemin de Fabreville. Bien que ce soit un peu étrange d’y jouer sans rencontrer Pierrette Longtin, c’est leur grand ami Ron qui l’exploite maintenant avec sa femme Jocelyne; ils sont donc en terrain connu dans tous les sens du terme.
Fidèle à son habitude, Carl trouve toutes sortes de coups miracles, qu’il garde précieusement en réserve dans le cas où la situation l’exige. Suzanne joue de façon un peu plus conventionnelle, avec pour résultat que le succès lui échappe sur certains trous comme La Culotte.
Au début du mois de mai, Serge et Ron prennent place sur le toit d’une remorque stationnée au coin sud-est. Surplombant le Monstre, ils devront modérer la force de leur voix quand les compétiteurs amorceront les derniers trous du parcours pour ne pas les déranger.
La saison 1999 commence aux alentours de huit heures du matin avec trois équipes composées de Dari Cliche et Raoul Couture, Éric Théroux et Éric Martin ainsi que Karine Clermont et Jocelyn Noël. Dès le début de cette nouvelle saison, Jocelyn inscrit son nom dans le livre des records en inscrivant six birdies consécutifs : les trous 12 à 17 ne lui opposent ainsi aucune résistance.
En bagarre pour la bourse finale de 750 $, il loge sa balle à 11 pouces et demi (29 cm) de l’objectif. Personne n’arrive à battre cette distance – Karine et lui se partagent donc un total de 1500 $, à un jet de pierre du record de Jean-Claude Girouard inscrit en 1991. Comme le palmarès de la grande finale est établi à partir des bourses individuelles, Jocelyn et sa partenaire prennent donc une longueur d’avance considérable.
À partir du second match, l’équipe de Marc-André Roy et de Martin d’Andrieu commence une séquence de victoires avec un pointage de 25, deux coups d’avance sur chacune des formations adverses. Ils inscrivent également une marque notable en remportant 1700 $ de bourses.
Lors du tournoi de qualification au Mini-Putt Jean-Talon, Suzanne remporte sa place dans le troisième match, où elle joue avec Daniel Letarte. Ce duo récolte 800 $ de bourses, mais perd son match par un coup contre Roy et d’Andrieu – les jeunes ont inscrit une excellente ronde de 27.
Carl joue dans la partie suivante – le sort lui a assigné nul autre que Paul Boucher comme partenaire. C’est encore un duel Carmoni / Bussières, car Gilles est également présent. Il fait équipe avec un jeune adolescent de quatorze ans, Éric Larivière, qui vient tout juste de découvrir la discipline grâce à l’encadrement des élites du terrain de Saint-François. Lorsqu’on lui dit qu’il aura la chance de jouer avec le grand Bussières à son premier match télé, il ne sait même pas de qui il s’agit !
Paul et Carl décrochent 550 $ de bourses et une carte de 27. Ce pointage aurait été suffisant pour à tout le moins égaliser l’équipe championne la semaine précédente. Cependant, ce match représente une nouvelle occasion pour le tandem d’Andrieu / Roy de laisser leur marque : ils inscrivent un exceptionnel pointage de 24.
Victime de sa nervosité, Larivière a connu quelques difficultés pendant son premier match. Il se promet de faire mieux à la prochaine occasion qui se présentera.
Le cinquième et ultime match enregistré dans la première journée d’activités voit l’entrée en scène de deux jeunes vétérans de la formule télévisée en Éric Martin et Martin Émond. Malgré des matchs sans lendemain lors de leurs premières apparitions respectives au petit écran lors de la saison 1995, leur combinaison s’avère tout aussi réussie que celle de Carl et de Sylvain Boucher six ans auparavant.
Au dernier trou, Martin Émond scelle l’issue du match avec une normale, tandis qu’Éric Martin joue d’audace en réussissant un birdie par la porte avant. Serge y va d’un long et fort « Biiiiiirdie » pour conclure le match – c’est une mauvaise idée, car sa voix déjà mise à rude épreuve par les cinq épisodes qu’il a narrés avec émotion tout au long de la journée lâche définitivement tout juste avant la conclusion.
C’est donc un Serge quasiment aphone qui fait une courte entrevue d’après-match avec les anciens champions Martin d’Andrieu et Marc-André Roy, qui cèdent le terrain à l’équipe Émond / Martin après une domination ayant duré quatre rencontres consécutives.
Le 29 mai 1999, Carl et Suzanne se classent pour une deuxième apparition télévisée au tournoi de Gatineau. Ils ne sont pas seuls dans l’aventure : leur ami Sylvain Boucher a lui aussi décroché sa place ! Carl espère déjà que la pige des équipes lui sera aussi favorable qu’en 1993 – il a deux chances sur trois de tomber sur un de ses deux partenaires favoris en deux balles, meilleure balle.
Sylvain ne maîtrise pas suffisamment le parcours de Fabreville pour fournir le niveau de performance requis par la compétition télévisée. Comme il sait que les Carmoni mari et femme le fréquentent sans interruption depuis 1991, il leur demande s’il peut se joindre à eux pour la pratique – appréciant fortement le joueur adolescent maintenant devenu adulte, ils lui partagent tous leurs trucs sans hésitation.
La deuxième et ultime séance d’enregistrements a lieu le 8 juin 1999. Lors du sixième match de la saison, le duo Émond / Martin crée la surprise en inscrivant la carte la plus rapprochée du record de 19 des Buist établi en 1987. Ils réussissent ainsi quinze trous sur dix-huit pour un total de 21. Malgré des équipes en présence aussi relevées que Jocelyn Noël et Dari Cliche ainsi que Lionel Beaulne et Daniel Letarte, celles-ci doivent s’incliner devant un tel niveau d’excellence.
Éric et Martin passent très près de la défaite lors de la rencontre suivante. L’équipe de Marco Trottier et Jacques Janelle termine ainsi le match à égalité avec eux – chaque formation a inscrit 26. La victoire doit donc se décider à la bagarre. Éric la remporte en effectuant le meilleur élan. Il place sa balle à 4 pouces (10 cm) de la coupe – voilà une troisième victoire pour l’équipe Émond / Martin !
Le tirage des deux équipes aspirantes du match ultime en saison régulière a lieu le matin même. Carl pige finalement le jeune Jonathan Barrette, ce qui signifie que Suzanne fait donc automatiquement équipe avec son ancien comparse Sylvain Boucher.
Comme c’est le dernier match en saison régulière, Carl a besoin de 200 $ de bourses pour se classer en huitième position du tableau et obtenir sa place en demi-finale. Sa femme Suzanne est déjà à égalité avec Paul Régimbald en dernière place du tableau avec 475 $. Nul besoin de gagner le match aux points – c’est encore une fois seulement le facteur bourses qui compte.
Au deuxième trou du match, Carl joue sur la normale de Jonathan Barrette. La bourse n’a pas été remportée par les autres participants et atteint 100 $. Cependant, Éric Martin a inscrit un trou d’un coup. S’il ne veut pas perdre sa chance de reporter la cagnotte qui lui sera utile pour décrocher sa place en demi-finale, c’est donc le moment de tenter un des coups miracles pour lequel il est bien connu.
Ce matin-là, le terrain de Fabreville est balayé par un très intense vent d’ouest. Carl place sa balle sur le tapis de départ – elle roule insolemment sur le jeu avant même qu’il ne la frappe ! Finalement, il parvient à la faire tenir en plein milieu. Comme il a vu plusieurs concurrents manquer à droite à cause de la brise, c’est le temps de tenter autre chose.
Il vise la bande de gauche, puis applique une vitesse très élevée pour le jeu de La Croix. Sa balle frappe un peu plus loin que la moitié de la bande, puis monte sur le plateau bien à l’écart de l’objectif, en redescend, frappe la bande de fond et remonte pour pénétrer à la coupe !
À l’aube du quinzième trou, Carl et Jonathan n’ont encore décroché aucune bourse. Son épouse et Sylvain mènent le bal avec 600 $, ce qui a cimenté la position en finale de Suzanne – de plus, avec une performance soutenue jusqu’à la fin, il serait possible que l’équipe récolte plus de 950 $, donc permettre que le jeune Boucher se classe lui aussi.
Carl profite d’une ouverture du duo Émond / Martin pour inscrire un birdie. Sylvain le rate. Suzanne joue donc dernière; Ron prédit qu’il y aura de la chicane chez les Carmoni si elle le réussit, car elle a déjà fait le même coup à Carl au difficile onzième jeu.
Suzanne entend évidemment le commentaire de Ron, car elle s’installe pour son coup tout juste sous la remorque sur laquelle il est perché avec Serge pour enregistrer leur description. Imperturbable, elle joue une balle parfaite du coin gauche. Au grand dam de Carl, la bourse de 300 $ est encore reportée à cause de sa femme !
Au seizième trou, La Culotte, Jonathan Barrette tente un coup très rapide, mais le rate et revient très loin. Il inscrit une autre normale.
Carl sait que son partenaire joue la même ligne que lui, donc il prend la peine d’arrêter le match quelques instants pour confirmer que le problème du coup provenait de la vitesse excessive et non pas de la position d’impact sur le premier obstacle. Rassuré, il joue un coup légèrement moins fort.
C’est insuffisant – sa balle passe trop à droite de l’objectif pour que le retour arrière l’y précipite.
Suzanne ne maîtrise pas du tout ce trou à deux rebonds. Elle vient de voir Carl rater le birdie qui aurait pu l’assurer de la bourse. Autant sinon plus honnête que son mari, il est hors de question qu’elle fasse exprès de rater elle aussi pour lui permettre de remporter la bourse plus loin dans le match. Cependant, personne ne peut protester si elle décide d’emprunter pour une fois la ligne de Carl. Elle n’a rien à perdre à tenter quelque chose de différent.
Elle place sa balle au coin gauche, puis vise approximativement le coin droit du premier obstacle. Pas le temps de tenter une cote de positionnement qui pourrait être incorrecte. Elle joue la même vitesse que Carl. Sa balle entre directement dans le trou par la porte avant.
Très étonnée d’avoir inscrit son premier birdie à ce seizième trou depuis le début de la saison, Suzanne ne pense même pas à célébrer. Éric et Martin tentent à leur tour le coup parfait pour égaliser la bourse de 600 $, mais n’y parviennent pas.
En utilisant la ligne de Carl contre lui, Suzanne permet ainsi à son équipe de mettre la main sur 600 $. Elle empêche également de ce fait à son mari d’atteindre le 400 $ de bourses équipe qu’il lui faut pour égaliser Paul Régimbald en huitième place du classement final.
Au dix-huitième trou, Carl et Jonathan sont en passe de repartir bredouilles au niveau des bourses. Sa position en demi-finale n’étant plus possible depuis deux trous, le joueur élite est beaucoup plus détendu. C’est le temps de tenter un coup audacieux.
Un logo du commanditaire Pepsi orne la surface du jeu tout juste en avant de la coupe. En pratique, Carl s’est aperçu qu’il a été mal collé au tapis et forme une petite pente qui pointe vers le côté droit du trou – un léger défaut de construction à cet endroit du plateau cause en plus une déviation vers la gauche. S’il envoie une balle assez lente à partir de la bande arrière, elle peut se faire rediriger tout droit à l’objectif par la combinaison de cette imperfection du jeu de nature mercantile et celle provenant de la pente naturelle de la dalle de béton.
Carl s’installe au coin gauche, puis vise la bande de droite dans la montée. Sa balle frappe la bande de fond et revient droit vers la lettre « S » du logo Pepsi – c’est l’endroit idéal pour l’étrange effet qu’il a observé. Espérant jusqu’à la fin de ne pas repartir les mains vides, il supplie sa balle de changer de direction en suivant l’étiquette du commanditaire : « BACKSPIN ! »
Sa balle redescend de l’étiquette du logo, puis bifurque vers le trou. Un dernier cri pour la route : « TOURNE ! »
Elle s’immobilise finalement contre le rebord droit de la coupe, à deux centimètres à peine.
Carl soulève et laisse retomber ses épaules de découragement. Un grand sourire orne néanmoins ses lèvres; dans cette situation désespérée, on ne peut pas lui reprocher de ne pas s’être battu jusqu’à la toute fin !

La bourse n’est pas remportée en temps réglementaire. On passe donc en bagarre, où c’est Sylvain qui joue la meilleure balle parmi les joueurs en présence. Ce faisant, son équipe remporte les 1500 $ de bourses dont il a besoin pour que Suzanne et lui entrent tous deux en demi-finale.
Fort de sa seule bourse de la saison d’un montant individuel de 750 $, Jocelyn Noël est également classé pour la demi-finale. Voilà bien longtemps qu’il n’a pas été aussi près d’une finale télévisée. Comme deux équipes sont classées pour le match ultime parmi les trois qui participent à la dernière qualification, il a la ferme intention d’en faire partie et de venger sa bagarre désastreuse de 1992.
Le classement du dernier match tient uniquement compte de bourses individuelles pour former les équipes. Chaque joueur en position impaire s’associe automatiquement au joueur pair suivant : troisième avec quatrième, cinquième avec sixième, et ainsi de suite. Les deux meilleurs boursiers de l’année, Marc-André Roy et Martin d’Andrieu, passent directement en grande finale.
Même si Suzanne a triomphé avec Sylvain, elle a beaucoup plus de bourses que lui car elle a participé à deux matchs en saison contre un seul pour son coéquipier. On brise donc leur association : Jocelyn forme équipe avec Boucher, tandis qu’elle se joint à Daniel Letarte.
Éric Martin et Martin Émond sont l’exception qui confirme la règle. Comme ils ont respectivement fini à la troisième et à la quatrième positon du classement général avec seulement 75 $ de différence entre eux, ils continuent de jouer ensemble dans la demi-finale.
Le neuvième match est celui de Jocelyn et de Sylvain. Le joueur de Beauport inscrit sept birdies, tandis que celui de Delson en fait six. Avec leur carte de 23, ils sont à deux coups du record de Émond / Martin inscrit au tout premier enregistrement ce matin-là.
Ceux-ci ne sont pas en reste. Ils n’ont pas réédité leurs exploits records, mais ont quand même obtenu un score de 25, plus que suffisant pour passer en finale eux aussi. Daniel et Suzanne n’ont pas connu de chance et ferment la marche avec un mince 32 – les voilà exclus du championnat.
La soirée du 8 juin 1999 commence avec le début de l’enregistrement du match ultime de cette très courte saison. Les équipes Noël / Boucher et Émond / Martin sont gonflées à bloc d’avoir terminé leur partie de qualification il y a quelques minutes à peine avec d’aussi forts pointages. Marc-André Roy et Martin d’Andrieu n’ont pas joué de la journée et doivent donc reprendre leur niveau de performance des premiers matchs le plus rapidement possible.
Nul besoin de s’inquiéter du fait que Martin d’Andrieu n’est pas réchauffé : il inscrit le birdie au premier trou. Les deux autres équipes répliquent aussitôt. Dès le départ, c’est la perfection absolue.
D’Andrieu continue sa véritable domination au deuxième trou – Jocelyn et Éric le talonnent avec un second trou parfait. Il maintient la pression au troisième trou. Jocelyn l’égalise.
La finale 1999 voit ainsi les trois équipes réussir birdie sur birdie, incluant deux autres jeux parfaits au sixième et au difficile septième trou, La Rivière. Marc-André Roy connaît une séquence de quatre trous d’un coup consécutifs, tandis que Noël et Boucher ainsi que Martin et Émond tentent d’y répondre du mieux qu’ils peuvent.
Les finalistes reviennent à égalité au onzième trou. C’est cependant le début de la fin pour Martin et Émond, car ils commencent une séquence de cinq normales. Ils cèdent ainsi le pas aux deux autres formations, qui continuent leur cadence effrénée. Ron envisage même déjà un match de 21 pour la formation Noël / Boucher.
Le cinquième et dernier trou parfait de la rencontre a lieu au dix-septième jeu, l’Équerre. Par la suite, Martin d’Andrieu et Marc-André Roy sont à deux coups de retard et doivent absolument inscrire un birdie pour finir le match. D’Andrieu le rate; son comparse y parvient par la bande de droite et le retour arrière.
Tout comme l’équipe Carmoni / Boucher en finale 1993, le duo d’Andrieu / Roy doit compter sur un effondrement de leurs adversaires principaux en Noël et Boucher pour espérer remporter le match. Pas de chance – Sylvain inscrit la normale, confirmant du même coup la victoire de son équipe.
Avant de jouer son coup ultime, Jocelyn lève lentement les yeux au ciel. Malgré ses frustrations passées, il vient finalement de remporter un titre en formule télévisée avec Sylvain Boucher.
Peu importe si Jocelyn parvient à inscrire le birdie ou pas pour remporter la dernière bourse de 500 $ – la saison 1999 a vu la fin de l’Éternel Deuxième, et c’est tout ce qui compte.
À cette époque, Jocelyn habite avec une colocataire. Il travaille comme informaticien, et son horaire de travail lui permet de commencer plus tard dans la journée. Vers 9 heures un matin peu après la diffusion de la finale 1999, sa colocataire entre en coup de vent dans sa chambre : un animateur de radio polémiste bien connu dans la ville de Québec a lancé un appel à tous en ondes pour le localiser afin de lui parler en direct de sa victoire.
Jocelyn n’aime pas vraiment le style de cet animateur, qu’il présume avoir de mauvaises intentions à son égard. À peine réveillé, il décline donc l’invitation qui lui a été lancée via le poste de radio.
Voyant qu’il ne parvient pas à rejoindre sa prochaine victime, l’animateur l’insulte copieusement en ondes : « Bon, ça a l’air que Jocelyn Noël ne veut pas me parler ! Espèce de B.S. qui fume des Mark-Ten à longueur de journée ! »
D’ailleurs, nul besoin de dire que l’animateur n’a pas réellement dit « espèce » en ondes, mais plutôt un mot du champ lexical religieux utilisé pour référer à la galette plate qui sert à la communion.
Le principal intéressé comprend alors que son intuition était bonne : il se serait fait traiter de tous les noms devant tous les auditeurs.
Jocelyn ferme calmement le poste de radio, puis, contrairement aux prétentions du polémiste, se prépare à aller gagner sa vie en programmant des logiciels pour le gouvernement provincial, ce qu’il fait sans discontinuer depuis qu’il est en âge de travailler.
À l’automne, un collègue de quilles lui reparle de sa défaite en bagarre 1992 pour le taquiner. Dans son souvenir, Jocelyn a non seulement lancé violemment son putter dans le coffre de son automobile, mais a aussi quitté le stationnement en trombe devant les caméras en faisant crisser les pneus de sa voiture !
Jocelyn tente de le convaincre que l’histoire est loin d’être aussi dramatique, mais son ami tient mordicus à son souvenir inexact. Comme il a enregistré le match sur une cassette VHS, l’ex-Éternel Deuxième lui prête sa copie afin qu’il voie de ses propres yeux ce qui s’est réellement passé.
Imperturbable, son ami déclare que oui, Jocelyn a mis son putter doucement dans son coffre et a passé sa main dans ses cheveux « cette fois-là », mais que son souvenir de départ en trombe concerne tout compte fait une autre finale !
Devant tant d’obstination, Jocelyn reprend sa cassette et ne lui en reparle plus.
[i] Ron partage cette ambition avec Claude et Linda Allen ainsi que Ron Sabourin. Ce quatuor, et pas seulement Ron, sera responsable du retour du Mini-Putt en 1999-2000.
Vous avez apprécié votre lecture et vous voulez encourager l’auteur ?
Achetez « Birdie pour Carmoni » en version papier ou en version électronique dès maintenant !